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#FBT18 : pourquoi faut-il repenser les logiques managériales en entreprise ? 

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© TOM

Lors de la 3e édition du Future Of Business Travel organisé par TOM en partenariat avec SAP Concur, Stéphane Hugon, sociologue et cofondateur du cabinet de conseil Eranos, a partagé sa vision concernant la typologie des collaborateurs afin de faciliter l’adoption de l’innovation en entreprise.  

Avant la traditionnelle table ronde de clôture du Future Of Business Travel, Stéphane Hugon, Sociologue et cofondateur de l’Institut Eranos, a partagé une vision différente de l’innovation. Au travers du prisme des sciences humaines, le sociologue s’est intéressé à la capacité d’adoption de l’innovation par les collaborateurs d’une entreprise. L’occasion pour les acteurs du voyage d’affaires présents de prendre du recul sur les problématiques du secteur et de s’intéresser à l’humain, après une matinée axée sur la technologie.

Accélération de l’Histoire

« En quinze ans, nous avons assisté à plus de transformations qu’il n’y en a eu depuis 1945. Aujourd’hui il est donc plus que jamais essentiel de comprendre l’utilisateur pour lui proposer les solutions adéquates », a lancé Stéphane Hugon. Le sociologue a d’ailleurs partagé sa méfiance vis-à-vis de la notion de génération. « On parle sans cesse des attentes des Millennials. Même si la plupart des études fournissent une analyse comportementale assez juste, parler de générations en menant une approche purement sociodémographique ne suffit pas aujourd’hui pour anticiper des comportements », a alerté le sociologue. Une mise en garde justifiée par plusieurs indicateurs qu’il a partagé avec l’auditoire.

Pourquoi faut-il revoir l’approche managériale et marketing ?

La culture RH est fondée sur le présupposé selon lequel un collaborateur est un agent intelligent et rationnel qui optimise sous contrainte. « Or, depuis 10 ans les événements de type Comic Con, nous prouvent le contraire. Les participants qui se déguisent en Batman par exemple considèrent que leur travail est annexe et que la vraie vie se déroule lors de ces rassemblements », a expliqué Stéphane Hugon, pour qui il est désormais essentiel de repenser la manière dont on travaille.

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Stéphane Hugon, cofondateur d’Eranos sur la scène du #FBT18 organisé par TOM en partenariat avec SAP Concur © TOM

Deuxième indicateur : le besoin de ritualisation. La société civile tente depuis des années de faire disparaître les rituels de passages, par exemple la première communion. Pourtant, le sociologue remarque un comportement paradoxal qui consiste à aller chercher nouveaux rituels de passage. « Tous les jurys présents dans la télé-réalité en sont un bon exemple, tout comme les bizutages qui ont récemment fait l’objet d’une loi destinée à les interdire », a expliqué Stéphane Hugon. S’il condamne les excès auxquels mènent les bizutages, le sociologue reste cependant favorable au maintien de ces rituels d’intégration, qu’il juge nécessaire. « Un rituel d’intégration est plus important qu’un contrat passé entre 4 yeux », a affirmé le sociologue.

L’approche individualiste constitue le troisième présupposé que le sociologue juge néfaste en entreprise. « On le voit dans les approches marketing notamment qui sont fascinées par la notion de personnalisation. Or, depuis les années 1990, l’émergence du digital a mit fin à cette tendance individualiste », a expliqué Stéphane Hugon.

La tribu plus forte que l’individu

Pour illustrer la fin de l’individualisme, le sociologue a pris l’exemple du tatouage. S’il a longtemps été considéré comme un moyen de se distinguer de l’autre, pour le sociologue, le tatouage constitue désormais un moyen pour l’individu de se connecter à une communauté. « L’imaginaire du corps est devenu un imaginaire du partage et du collectif. La peau est elle-même un organe social, un fond d’écran, qui permet à l’individu de s’exprimer et de se relier à l’autre », a décrypté Stéphane Hugon. Il voit dans cette tendance les prémices du marketing de l’oubli de soi. Autrement dit l’émergence d’un marketing de l’influence et du partage, auquel le digital commence déjà à s’intéresser.

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« La peau est un organe social », Stéphane Hugon, sociologue et cofondateur d’Eranos lors du #FBT18 © TOM

En entreprise, la question de la tribu doit rentrer dans les approches RH. « J’ai pu assister à des entretiens d’embauche au Brésil et j’ai été étonné car tous les collaborateurs de l’entreprise étaient présents. En fait, ils testent la capacité du postulant à trouver sa place dans le groupe », a raconté le sociologue. Dans la conception occidentale de l’entreprise, les RH ont plutôt tendance à mesurer des valeurs individuelles. « On s’attache à des valeurs d’après-guerre, la libération, l’émancipation ou encore l’autonomie qui constitue un critère fondamental. Pourtant le digital nous prouve que cette dynamique d’autonomie est caduque aujourd’hui », a expliqué Stéphane Hugon. L’offre interne aux collaborateurs doit ainsi être réinventée pour s’adapter au groupe d’individus formant une même tribu et non plus à un individu en particulier.

Renouveau de l’imaginaire du travail

Le sociologue a également montré à quel point l’imaginaire du travail était en train de se déconstruire au fil des générations. « Les plus jeunes d’entre nous estiment avoir bien travaillé lorsqu’ils ont été créatifs ou qu’ils ont pris du plaisir, alors que les générations antérieures partagent le même sentiment lorsqu’ils fournissent des efforts », a comparé le sociologue. Selon une étude de 2014 menée auprès d’étudiants en école d’ingénieur, le premier critère d’attractivité d’un employeur était une ambiance de travail agréable. « Je vous mets au défi de faire entrer le mot ambiance dans une case d’un tableur Excel », a ironisé Stéphane Hugon. Derrière l’humour, le sociologue a voulu démontrer à quel point des individus rationnels prêtaient une attention particulière à des critères qui ne le sont pas. Plus largement, le phénomène montre à quel point les critères d’évaluation de l’attractivité d’un emploi ont considérablement évolué. Les entreprises doivent en tenir compte et considérer par exemple un voyage d’affaires non plus comme un coût, mais plutôt comme un élément de leur stratégie managériale.

Prometheus vs Demiurgos

« Dans l’imaginaire occidental, Prométhée, c’est la puissance de l’ingénieur, de la rationalité, qui vient dérober le feu et l’acte de création aux dieux », a analysé Stéphane Hugon. Cet imaginaire a été retranscrit à l’univers du travail, au travers de la figure du leadership, souvent représentée par un mâle alpha dominant. « Pendant des siècles l’imaginaire du travail s’est construit sur un modèle ultra-compétitif et égotiste. N’oubliez pas que ce sont des écoles militaires, comme Polytechnique, qui ont structuré les logiques managériales et les manières de faire en entreprise », a précisé le cofondateur d’Eranos. Ce qui explique l’importance du rapport à l’ordre.

Mais les sociétés contemporaines ont donné lieu à un nouvel imaginaire de travail, le « demiurgos » ou démiurge. Si typologiquement le terme fait allusion au « travail du peuple », le sociologue préfère lui attribuer comme sens « l’éthique de l’artisan ». Une logique qui touche de plus en plus les cultures managériales et qui est renforcée par les nouvelles technologies. L’imprimante 3D en est un excellent exemple. Le sociologue constate qu’il y a une certaine fascination pour l’objet sculpté par l’imprimante du fait qu’il soit potentiellement unique. « Mais l’on a tendance à oublier qu’en amont de l’impression il existe un catalogue d’objets, qui est collectif, ouvert, libre, etc. Bref, qui est beaucoup plus démiurgique que prométhéen », a indiqué Stéphane Hugon.

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L’impact des mutations sociétales sur l’imaginaire du travail selon le sociologue Stéphane Hugon © TOM

Le commerce des affects

Ces imaginaires se retrouvent en entreprise. Le prométhéen a besoin d’autonomie et d’émancipation et adopte plutôt un comportement perfectionniste, car il met son ego en jeu. En face, le démiurge recherche plutôt la sociabilité et la connectivité. Adepte du « quick and dirty prototyping », soit le « vite faite, mal foutu », il peut toutefois mettre en œuvre une base de travail sur laquelle il va pouvoir discuter avec ses collaborateurs. « À partir de cette typologie des collaborateurs, il faut repenser le voyage non plus comme un outil de travail, mais comme une esthétique de vie », a affirmé le cofondateur d’Eranos. Il doit être considéré comme un investissement et une manière de donner de la dramaturgie et du lien social à ses collaborateurs. Le sociologue a terminé son intervention en empruntant une phrase à l’anthropologue Claude Lévy-Strauss, rappelant l’importance du « commerce des affects » dans nos sociétés contemporaines. « N’oubliez pas que nous ne sommes plus dans une société du besoin, mais dans une société de l’envie. Et vos collaborateurs peuvent aller travailler ailleurs s’ils en ont l’envie », a-t-il conclu. Pour l’éviter, les entreprises doivent proposer une expérience d’intégration relationnelle et proposer un imaginaire du voyage qui soit démiurgique.

Photo d’ouverture : © TOM

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