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Google Maps devient payant : réactions des professionnels de la cartographie dans le Tourisme

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Dès le 16 juillet 2018, la nouvelle tarification de l’API Google Maps entrera en vigueur. TOM a échangé avec Timothée Lairet, Cofondateur de Vizity, Yoann Jaffrain, CEO de Fokusmap et Emmanuel Mouren, CEO de Wemap pour mieux comprendre l’effet de cette annonce sur le monde de la cartographie dans le Tourisme.  

Début mai, l’annonce de Google a eu l’effet d’une traînée de poudre dans la sphère digitale. Alors qu’elle a habitué les entreprises à profiter de (la plupart de) ses services gratuitement, la firme de Mountain View a annoncé que son API Google Maps deviendrait désormais payante au-delà d’un certain nombre d’utilisations. Pour couper court à tout débat : l’utilisation par les consommateurs du service sur navigateur ou via l’application reste gratuite. Devront payer les développeurs et plus largement les entreprises qui utilisent l’API Google Maps pour afficher une carte sur leur site. « Je pense que Google fait du dumping depuis le début pour éliminer la concurrence et maintenant qu’il dispose d’une situation de monopole, espère des gains monstrueux. C’est le moment d’acheter des actions Google », plaisante Yoann Jaffrain, CEO de Fokusmap. Chez Vizity, on se montre plus réservé quant à cette mise à jour soudaine. S’il partage le sentiment que Google a fait du dumping, le cofondateur émet d’autres hypothèses. « Peut-être que Google s’est rendu compte que sa technologie coûte beaucoup trop cher pour les petits comptes et qu’il a décidé de rééquilibrer les pertes en passant sur un modèle payant, sans impact réel sur les grands comptes », suggère Timothée Lairet.

Google redistribue les cartes

Si elle l’est particulièrement dans le Tourisme, l’API Google Maps est aussi l’une des plus massivement utilisées sur le web. Pour localiser un hôtel, un restaurant, les bureaux d’une agence de voyages, voire le siège social d’un groupe hôtelier. Un vent de panique a ainsi soufflé sur la plupart des acteurs concernés. « Suite aux nombreux appels de nos clients alarmés, on a tenté de les rassurer en leur expliquant qu’il existait des alternatives. On se rend compte que Google était devenu un réflexe en matière de cartographie », raconte Emmanuel Mouren, CEO de Wemap. Si elle n’envisage pas un repositionnement de son offre, la jeune pousse explique que l’annonce de Google confirme le besoin des professionnels d’avoir accès à des services cartographiques. « On envisage plutôt d’accélérer notre développement pour continuer à permettre aux acteurs publics et touristiques de délivrer une information cartographiée sur les territoires et les destinations », raconte le CEO de Wemap. Pour Fokusmap, spécialisée dans la cartographie touristique, l’annonce du géant de Mountain View génère un sentiment paradoxal. « L’annonce de Google a été très violente, mais d’un autre côté elle donne beaucoup de valeur au secteur de la cartographie qui a longtemps souffert de cette fausse gratuité », commente Yoann Jaffrain. Un constat nuancé par Vizity. « C’est peut-être une opportunité pour Vizity, mais on reste méfiants car si Google devient beaucoup plus cher que les autres, c’est bien pour une raison », prévient Timothée Lairet. La jeune pousse craint notamment de voir d’autres géants de la cartographie, comme Mapbox qu’elle utilise, revoir leur stratégie. Comme Google, ces acteurs font de la R&D en collectant les données de navigation de leurs utilisateurs pour optimiser les fonctions des véhicules autonomes par exemple. « Au travers de notre solution nous n’apportons pas ce type de données, il y a donc un risque que Mapbox mette fin à notre collaboration car nous ne contribuons pas à leur développement futur », craint Thimothée Lairet. Aussi, une hausse des prix d’utilisation du service Mapbox s’avérerait fatale pour la jeune pousse.

Une mise à jour brutale

Outre une hausse des tarifs 14 fois supérieure aux prix antérieurs, c’est surtout la brutalité de l’annonce qui a fait débat. « Beaucoup d’entreprises sous-estiment l’impact de la mise à jour car ils ne savent même pas combien ils vont payer. En même temps Google a été très flou sur son tableau de prix, certaines lignes sont incompréhensibles pour la plupart des utilisateurs », déplore Yoann Jaffrain. Effectuée en début mai, l’annonce prévoyait initialement une entrée en vigueur des nouveaux tarifs le 11 juin. Suite à la vague de réclamations unanime, le géant californien a finalement décidé de repousser la date au 16 juillet. Un délai supplémentaire qui devrait au moins permettre aux entreprises de calculer le coût potentiel de leur utilisation de l’API avec les nouveaux tarifs, et de rechercher une alternative si besoin. « Certains se tourneront vers d’autres alternatives ou paramétreront leur site pour limiter les affichages de cartes et réduire la facture », anticipe Yoann Jaffrain. Si elles émettent des avis partagés, les jeunes pousses du Tourisme s’accordent toutes sur un point. « La plus grosse erreur de Google est de proposer un prix variable. La plupart des utilisateurs ne savent même pas combien ils vont devoir payer à la fin du mois… Mais aujourd’hui qui est encore prêt à souscrire à un forfait téléphonique à la minute ? », lance le CEO de Fokusmap, soulignant l’incohérence du modèle économique adopté par Google.

Quelle opportunité pour les acteurs de la cartographie ?

En somme l’annonce faite par le géant de Mountain View semble être une opportunité pour les jeunes pousses de la cartographie. Malgré leurs inquiétudes, toutes semblent profiter de l’occasion pour accélérer leur développement ou revoir leur modèle économique. « Depuis quelque temps on réfléchissait à un nouveau modèle économique basé sur la publicité cartographiée, l’idée étant de pouvoir proposer un outil performant à notre cible tout en ayant la capacité de le financer », explique Timothée Lairet, CEO de Vizity. La startup a donc noué un partenariat avec la base de données de commerces locaux du City Guide du Petit Paumé, pour sponsoriser ses cartes par les entreprises commerçantes. Un financement qui lui permettrait de maintenir son offre auprès son cœur de cible, les acteurs culturels, qui n’ont pas tous les moyens de payer pour un tel service. La jeune pousse devrait tester son nouveau concept au mois de septembre 2018.

Fokusmap quant à elle, maintient son modèle économique basé sur l’abonnement à prix fixe, pour permettre à ses clients de garder la maîtrise de leurs coûts. « On peut s’arranger pour réduire les coûts de nos serveurs et on explique à nos clients que passé un certain nombre d’affichages, ils ne paieront pas plus, mais le chargement des cartes serait un peu plus long », explique Yoann Jaffrain. Un avis partagé par le CEO de Wemap, Emmanuel Mouren : « on a créé notre service avec la volonté d’être vu par le maximum de personnes. Faire payer au nombre de vues est donc incohérent. On a donc décidé de monétiser le type et le volume de contenus présents sur la carte plutôt que le trafic qu’elle génère ». Les 3 entrepreneurs s’accordent donc sur le fait que la mise à jour va pousser les entreprises à s’interroger véritablement sur leur besoin en matière de cartographie. Il ne s’agira plus d’intégrer une carte pour situer ses bureaux sur son site web. Mais plutôt de penser à la cartographie comme un véritable service à valeur ajoutée. Un enjeu stratégique bien connu dans le Tourisme qui constitue une opportunité de développement pour ces jeunes pousses de la cartographie.

Photo d’ouverture : © Sebastian Hietsch

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