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Technologie, modèle économique : comment NDC va redistribuer les cartes dans la distribution aérienne

Au-delà des débats autour de la surcharge GDS qui vient de prendre effet ce 1er avril, il convient de s’interroger sur ce que la norme NDC va vraiment changer pour l’industrie. Pour rappel, NDC est un standard de distribution développé par IATA basé sur la norme XML. Il permet d’échanger davantage d’informations que les standards actuels entre compagnies aériennes et voyagistes. Ce n’est ni une plateforme, ni une base de données, mais une norme de connectivité. Son implémentation va donner un véritable coup de pied dans la fourmilière. Relation entre acteurs, modèles économiques, systèmes existants : NDC va entraîner de nombreuses mutations et redistribuer les cartes dans la distribution aérienne. Pour expliquer les enjeux à venir et répondre aux questions que tout le monde se pose, TOM s’est entretenu avec Christian Sabbagh, Président d’Orchestra.

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Christian Sabbagh, Président dOrchestra

Il semble régner une confusion autour de NDC. Quels sont les débats actuels autour de cette norme ?

Christian Sabbagh : Il y a trois sujets qui gravitent autour de NDC : la norme elle-même, la connectivité directe et les coûts de distribution. Si ce sont des sujets différents qui peuvent exister indépendamment les uns des autres, ils sont tous arrivés au même moment et ce n’est pas un hasard. NDC est le bon support pour aborder la question de la connectivité et des coûts. Le NDC facilite le direct connect car c’est une norme actuelle, moins complexe que le système historique, qui permet de se connecter facilement aux compagnies aériennes. NDC demande donc de repenser les coûts de distribution car c’est un nouveau chemin d’accès, une nouvelle manière de dialoguer avec la compagnie. Cela nécessite de remettre les choses à plat et de créer de nouveaux modèles économiques.

Comment faire pour passer en direct avec les compagnies aériennes ?

Si elle n’utilise pas de système centralisé de type GDS pour le faire, l’agence de voyage peut se connecter directement au système de la compagnie aérienne. Les compagnies aériennes ont ouvert leurs systèmes d’inventaires à des acteurs externes pour faciliter les échanges de flux. Mais chaque compagnie a des particularités et des modes d’implémentation spécifiques de la norme NDC. Les agences doivent donc s’adapter à chaque compagnie si elles veulent passer en direct. Cela peut avoir du sens si l’agence fait un volume important avec la compagnie aérienne en question, moins si l’agence travaille peu avec un nombre important de compagnies.

L’un des enjeux de NDC est de pouvoir distribuer des produits ancillaires ?

En effet, l’enjeu de NDC est de distribuer du contenu comme le descriptif des cabines  ou des photos par exemple, mais aussi de permettre la vente de produits ancillaires liés au vol et au-delà.

Pourquoi est-ce que les GDS ne permettaient pas jusqu’ici de vendre des produits ancillaires ?

Ils le permettent. Ils vendent des bagages additionnels, par exemple. Mais quand vous agrégez des centaines de compagnies aériennes, il y a forcément une complexité, une inertie importante.

Pourquoi est-ce que IATA a voulu aller plus vite que les GDS ?

Il ne s’agit pas d’aller plus vite mais d’introduire un nouvel élément structurel qui va ouvrir le jeu et remettre en cause des modèles économiques. Il y avait aussi une réelle volonté de vendre plus de produits ancillaires. Mais si de nombreux acteurs doivent créer des connectivités avec les compagnies, je ne suis pas sûr que cela aille vraiment plus vite. Il y a également un autre sujet, le contrôle de l’offre. Avec la connectivité directe, il est possible de savoir quel est le profil du voyageur et donc de personnaliser davantage l’offre.

La connectivité directe a-t-elle un intérêt pour des voyagistes qui travaillent avec beaucoup de compagnies ?

Les GDS ou d’autres agrégateurs restent incontournables lorsqu’il faut se connecter à des centaines de compagnies. Les GDS vont donc continuer à jouer leur rôle avec néanmoins une évolution du modèle économique. Le voyagiste qui souhaitera travailler avec un GDS et se connecter directement devra avoir un système élaboré. Car la question de l’agrégation des sources se pose alors. Il y aura forcément une mutation au sein des plateformes de distribution qui voudront agréger les offres.

Ce sont donc les sociétés qui ont une équipe technique solide qui pourront se le permettre…

Au-delà des sociétés qui devront faire de l’agrégation, vont émerger de mini-agrégateurs qui viendront alimenter les GDS ou les plateformes de distribution directement. Mais je pense que les GDS garderont une place prédominante. Il ne faut pas oublier qu’ils fournissent également des systèmes aux compagnies aériennes. Quand les compagnies aériennes ouvrent leur inventaire, c’est aussi en partie grâce aux GDS.

Est-ce qu’Orchestra va se lancer dans l’agrégation de vols ?

L’agrégation est l’une de nos compétences clés. Nous travaillons depuis quelques années sur NDC avec APG. Nous avons été avec l’APG l’un des premiers pilotes NDC dès 2014. Nous développons ensemble une plateforme qui va faciliter notamment la distribution des petites et moyennes compagnies hors de leur zone de chalandise naturelle. Ces compagnies ont des difficultés aujourd’hui à se distribuer loin de leur marché national. Dans ce cas de figure, cela a du sens de se connecter directement à elles. Nous avons depuis un an la certification NDC niveau 3, le niveau le plus élevé.

Comment NDC va redistribuer les cartes dans les prochains mois ?

Nous sommes encore dans une période de construction. Cela devrait prendre 2 à 3 ans pour se mettre en place. D’ailleurs, beaucoup de compagnies ne sont pas encore prêtes à distribuer ces nouveaux contenus. Après la phase d’analyse qui a duré 3 années, la phase de lancement sera longue. Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura un niveau de complexité supérieur. Les entreprises qui voudront jouer un rôle devront gérer cette complexité. D’ailleurs, ce n’est pas que le processus de réservation qui sera impacté mais aussi le paiement et le back-office. Une grande majorité des systèmes ont été conçus pour fonctionner avec des GDS, notamment pour gérer la facturation. Demain, quand il y aura ne serait-ce que deux sources différentes, il faudra un système qui permettra de gérer les deux à la fois de manière homogène. Cela va remettre en cause des processus qui sont aujourd’hui très productifs.

C’est donc le modèle économique de tous les acteurs de la chaîne qui va évoluer ?

Le modèle économique de distribution des vols va évoluer et tous les intervenants de la chaîne de valeur vont naturellement être impactés. Il y a un effet de transfert de valeur entre les acteurs. Mais certains voyagistes notamment sauront tirer profit de ces bouleversements au-delà de l’évolution de leur modèle économique.

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