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Pourquoi l’initiative d’AutoNavi en Chine annonce une évolution des modèles économiques des plateformes

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En Chine, la solution de navigation Gaode Ditu propose désormais un service de covoiturage qui ne prélève pas de commission. Cette initiative devrait bouleverser le secteur dans le pays et peut préfigurer une profonde évolution des modèles économiques des plateformes.

Gaode Ditu, Gaode Map ou encore AutoNavi… Peu de gens savent de quoi il s’agit et à qui ces entreprises chinoises s’adressent. Pourtant, l’application Gaode Ditu compte 700 millions d’utilisateurs. En réalité, il est question du service de cartographie et de navigation GPS proposé par le groupe Alibaba.

L’application vient de lancer sa propre activité de covoiturage, d’abord à Chengdu et à Wuhan en attendant de la déployer dans le reste de la Chine. Selon QuestMobile, Gaode Ditu était, l’an dernier, l’application de navigation la plus populaire en Chine. Elle fournit chaque jour 340 millions de recommandations d’itinéraires. Cela rend le transport en covoiturage compatible avec toutes les formes de transport existantes. Ceci prouve surtout que l’impact de la technologie sur l’expérience est le serial killer de la disruption. Cela va faire réfléchir tous ceux qui dépensent des montants monstrueux en coûts marketing et en acquisition en laissant pour plus tard le développement et l’innovation technologiques.

Dans le viseur de la filiale du groupe Alibaba, Didi Chuxing, le leader du covoiturage. Jusque-là tous les observateurs s’accordaient à dire qu’après avoir éliminé Uber, Didi, avec ses 450 millions d’utilisateurs, règnerait durablement en maître sur le marché chinois de la mobilité. Mais l’irruption d’AutoNavi (raison sociale de Gaode Map) dans le secteur de la mobilité partagée rebat complètement les cartes. Il est en effet extrêmement probable que sa véritable ambition soit d’attaquer l’activité principale de Didi, c’est-à-dire la réservation de taxis et de VTC.

En juillet 2017, AutoNavi a lancé Yixing, une plateforme fournissant des services consolidés de partage de trajet et de partage de vélos permettant également l’achat de billets de train et d’avion. Sur cette plateforme, les utilisateurs peuvent réserver des promenades auprès de divers fournisseurs, y compris Didi Chuxing, Ucar Group, ainsi que des sociétés de partage de vélos telles qu’Ofo et Mobike. Ce combat de géants pourrait ne pas concerner le secteur au niveau mondial s’il ne préfigurait pas un bouleversement des modèles économiques sans précédent et la fin du pacte de non-agression des plateformes horizontales gavées de data à l’égard des plateformes verticales accrochées au vieux modèle transactionnel qui ne se nourrit que de commissions et autres fees transactionnels.

AutoNavi a déclaré qu’elle n’acceptera aucuns frais de la part des chauffeurs qui utilisent ses nouveaux services. Les sociétés de partage de trajets en Chine facturent généralement des frais de commission de 7% à 10% pour chaque trajet. La hache de guerre est donc déterrée et la raison principale n’est pas uniquement d’attirer des utilisateurs supplémentaires, mais de se gaver de data pour alimenter les ambitions démesurées des programmes d’intelligence artificielle. Rappelons que les plateformes verticales transactionnelles ne disposent  pas de data riches quotidiennement renouvelées. Elles sont donc très loin de pouvoir monétiser. Les priver de tout ou partie de leur rémunération transactionnelle peut porter des coups mortels.

La stratégie consistant à permettre les transactions sans prélèvement de commission sur les plateformes horizontales est une véritable disruption de tous les modèles économiques de la distribution et de mise en relation. Car les plus innovantes comme Uber ou Airbnb n’ont pas touché à la commission qui est le modèle millénaire de rémunération du commerce.

Il est symptomatique de voir que les recettes unitaires des transactions de partage sont très faibles, voire négligeables pour une plateforme qui vit de ses data et visent les ressources de l’IA. Alibaba est le premier à transgresser le pacte en Chine. En occident, tout le monde attend Google mais la surprise pourrait venir plutôt… d’Amazon.

Photo : Fotolia – powertstock

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