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Ce que la portabilité des données va changer dans notre rapport au Web et aux marques

L’application de l’article 20 du RGPD va avoir des conséquences importantes sur la manière dont les internautes appréhendent  les sites Web et les services. Elle aura aussi de sérieux impacts sur les écosystèmes, la relation client ainsi que sur les modèles économiques s’appuyant sur les données.

Il aura fallu attendre une dizaine d’années après la démocratisation du Web pour que certains acteurs et observateurs s’inquiètent véritablement de l’utilisation des données personnelles faite par les entreprises de technologies. La donnée informatique, c’est-à-dire la représentation d’une information dans un programme en vue d’être stockée, transmise et analysée, est devenue en seulement quelques années la matière première de la révolution numérique qui a transformé l’économie et nos modes de vie. Startups et géants du Digital ont immédiatement compris que les datas, et en particulier les données personnelles, seraient au cœur du business puisque leur maîtrise permettrait notamment d’améliorer les services, d’anticiper la demande et de personnaliser les offres.

Mais après une décennie d’utilisation quelque peu naïve du Web, les internautes se sont peu à peu ressaisis et interrogés sur la manière dont étaient utilisées leurs données personnelles. Car, au fond, si l’on donne notre accord pour que certaines de nos données soient utilisées, nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’elles deviennent par la suite. Autrement dit, nous avons perdu la maîtrise de celles-ci.

Pouvoir maîtriser ses données personnelles devient un droit fondamental

Ces réflexions flottent depuis un moment dans l’esprit de certains. En 2011, le fondateur et CEO de Onecub, Olivier Dion, ingénieur de formation, faisait déjà partie de ces communautés d’entrepreneurs qui avaient compris l’enjeu autour des données personnelles. « A cette époque, les entreprises estimaient que les données personnelles de leurs clients leur appartenaient », se souvient-il. Mais dans le RGPD qui devra être mis en application à compter du 25 mai 2018, l’article 20 symbolise à lui-seul la vision qu’avaient ces entrepreneurs. Intitulé « Droit à la portabilité des données », celui-ci indique que les personnes doivent pouvoir, sans que les entreprises ne l’entravent, récupérer facilement leurs données auprès d’une entreprise ou d’un service pour les transmettre à une autre entreprise ou un autre service. « Ceci concerne les données activement fournies par l’utilisateur, celles qui sont par exemple saisies dans un formulaire, ou passivement fournies : transactions, navigation, utilisation du service en général… », explique Olivier Dion. Et de préciser : « Cela ne concerne pas les réalisations que peuvent effectuer les entreprises à partir des données, comme le scoring des individus développés par les assureurs, par exemple. »

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Olivier Dion,fondateur et CEO de Onecub, startup incubée à la Station F

Une obligation légale bénéfique aux entreprises et aux clients

Pour Olivier Dion, « les entreprises vont avoir un intérêt commercial et stratégique à jouer le jeu. Proposer à l’utilisateur d’exporter ses datas va permettre de s’interconnecter à  une galaxie de services et ainsi d’avoir une image d’acteur incontournable ». Si l’on prend en exemple le voyage, l’expérience du voyageur est représentée par la somme de différentes expériences : le transport, l’hébergement, les activités, etc. Ce voyageur pourrait extraire ses données personnelles depuis le site de l’acteur qui le connaît le mieux –la compagnie aérienne, par exemple – pour l’exporter vers le loueur de voiture ou le site proposant des activités. Cela lui évitera de nombreuses saisies redondantes et lui permettra d’avoir des services proposés en fonction de ses dates d’arrivée et de départ, de son budget, de ses habitudes de consommation, etc. La généralisation de cette pratique va encore renforcer l’importance de l’expérience utilisateur. Les grands acteurs tels que OUI.sncf, AccorHotels, les alliances de compagnies aériennes, les OTA ou Google vont en effet jouer des coudes pour devenir l’assistant voyageur de référence, c’est-à-dire celui qui connaîtra le mieux le client, qui lui proposera les meilleurs services complémentaires en lui offrant l’expérience la plus fluide qui soit.

Des cas d’usage multiples

Dès le mois de juin, des boutons d’export et d’import de datas fleuriront sur les sites Internet, et ce, dans de très nombreux secteurs d’activité. Par la suite, les entreprises passeront d’une portabilité à minima à une portabilité poussée qui fera évoluer notre rapport aux marques et services. « Lorsque vous aurez programmé votre trajet en covoiturage, vous pourrez importer en un clic vos informations chez des startups comme Cocolis qui vous permet de transporter le colis d’une personne s’il vous reste de la place dans le coffre », poursuit Olivier Dion.

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« Proposer à l’utilisateur d’exporter ses datas va permettre de s’interconnecter à une galaxie de services « 

De même, lorsque vous aurez finalisé vos courses sur un site de la grande distribution, vous pourrez envoyer votre liste à des partenaires tels que Marmiton qui vous proposera des recettes liées à vos achats ou bien vers un coach santé qui vous fera des recommandations sur votre alimentation. Pour les banques, ce sera l’occasion de rendre les relevés de compte plus intelligents. « En cliquant sur la ligne de dépense correspondant à l’achat d’un ordinateur, vous saurez si votre carte bancaire assure ce produit. », continue t-il.

 

 

Des conséquences multiples

Outre l’expérience utilisateur, la portabilité des données aura un impact sur les écosystèmes d’entreprises. En effet, pour devenir l’acteur incontournable du voyage, de la culture, du sport ou de la cuisine, les entreprises de chaque univers chercheront à nouer les meilleurs partenariats possibles avec d’autres sociétés. Si l’on va au bout de cette logique, on peut penser que ces nouveaux usages favoriseront les acquisitions sur certains segments de marché. En tout cas, la portabilité aura un impact sur les modèles économiques et offrira de nouveaux débouchés à ceux qui produisent d’importants volumes de données à l’image des fabricants d’objets connectés.

Dans ce contexte, il est légitime que certaines entreprises soient inquiètes de voir les datas qu’elles se sont données tant de mal à collecter depuis des années profiter à d’autres. Mais Olivier Dion se veut rassurant : « l’entreprise qui bénéficiera d’une donnée collectée par un autre acteur lui reversera une rémunération, probablement via une commission. » Autrement dit, partenaires et clients seront gagnants tout comme Onecub qui prélèvera également une commission en jouant le rôle d’intermédiaire dans cet échange de données. Outre le fait de gérer l’interopérabilité des données entre les différents services, la startup mettra à la disposition des utilisateurs une interface de gestion lui permettant de gérer la totalité de ses flux de data.

Trois solutions de portabilité pour deux visions du monde

Techniquement, trois solutions s’offrent aux sites Internet pour intégrer la portabilité des données. La première, qui n’a que peu d’avenir selon Olivier Dion, est le téléchargement direct : en un clic, l’internaute récupère ses datas via un fichier .CSV puis réinjecte ce dernier dans un autre site. Selon Onecub, si les coûts de développement sont minimes, cette solution compte de nombreux désavantages : expérience utilisateur complexe pour une catégorie d’internautes, pas d’interopérabilité entre les données, datas pertinentes noyées dans la masse, synchronisation des données impossible… La deuxième solution est de construire des API, ce que font les GAFA depuis des années avec le consentement de l’individu. « Google en a énormément car l’entreprise a compris depuis longtemps que la richesse résidait dans l’interconnexion entre les différents systèmes », explique Olivier Dion. Mais entre le développement, la mise en place et la maintenance, les API peuvent s’avérer coûteuses pour les entreprises. Enfin, la troisième solution est d’utiliser des PIMS : Personal Information Management System. « Ce sont des API avec une approche user centric qui ont l’avantage de gérer tout ce qui a trait à l’interopérabilité des données », affirme Olivier Dion. Autre avantage à laquelle la startup se montre très sensible : les PIMS laissent à l’utilisateur le contrôle de ses données.

En réalité, deux visions du monde s’affrontent ici. « Les API permettent d’avoir beaucoup de contrôle sur les données, mais elles sont coûteuses et il n’est pas possible de transférer des données provenant de sources multiples. Les PIMS sont plus orientés utilisateurs mais les entreprises craignent que les utilisateurs donnent trop d’informations à des sociétés concurrentes », développe Olivier Dion. A ce jour, les entreprises sont donc libres de développer des API ou des PIMS pour permettre la portabilité des données. Le G29, le groupe des « CNIL » européennes recommande l’usage des API lorsque les traitements portent sur un gros volume de datas, sans pour autant préconiser spécifiquement l’une des deux solutions. Du côté de Onecub pour qui le respect des droits de l’individu est l’une des valeurs fondamentales, la startup s’est tout naturellement spécialisée vers le déploiement d’un PIMS.

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Cliquez sur cette image et laissez vous conduire par la maquette interactive créée par Onecub

Photo d’ouverture : Fotolia – victorgrow

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