Home»DATA»J-7 #VEM9 : Paul Arseneault met en avant le potentiel inexploité du Data Mining dans le Tourisme

J-7 #VEM9 : Paul Arseneault met en avant le potentiel inexploité du Data Mining dans le Tourisme

VEM9_Paul_Arseneault_partage_son_expertise_en_matiere_de_transformation_digitale_et_Data_Mining

À l’occasion de la 9e édition du salon Voyage en Multimédia (#VEM9), Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de Tourisme Transat et Directeur du Réseau de veille en tourisme de Montréal, a partagé son expertise avec TOM en matière de transformation digitale et de Data Mining, dans le cadre des ateliers qu’il animera. Pour l’expert, la mutualisation de la R&D et le recours aux startups constituent les pratiques incontournables pour mettre en place des stratégies cohérentes.

Quel est l’enjeu métier pour les acteurs du Tourisme qui se cache derrière l’atelier Data Mining que vous animerez ?

arseneault_paul_titulaire_chaire_tourisme
Paul Arseneault, Titulaire de la Chaire de Tourisme Transat et Directeur du Réseau de Veille en Tourisme © Chaire de Tourisme Transat

 Paul Arseneault : La question du traitement et de l’utilisation de données se pose depuis un certain temps maintenant dans le secteur du Tourisme. C’est un sujet auquel on s’intéresse beaucoup à la Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM (à Montréal, ndlr). Il est facile d’imaginer un futur probable qui ne se réalisera jamais. Tous les discours s’accordent pour dire que l’avenir du tourisme est dans le Data Mining, pour autant tous les exemples existants ne prennent pas en compte les problématiques de respect de la vie privée. Il y a donc encore de nombreuses mentalités à changer car les problématiques juridiques rattrapent désormais le sujet. Les acteurs auraient dû commencer par s’intéresser à la question du respect de la propriété et de la vie privée avant de mettre en œuvre des solutions de Data Mining. On voit petit à petit une évolution sur ce point avec différents exemples de travaux qui prennent en compte la question du respect des données personnelles. C’est ce type d’enjeu que je souhaite mettre en avant via mon intervention sur l’atelier Data Mining. Plus largement, l’idée est de pouvoir montrer aux acteurs du tourisme, privés ou institutionnels, comment ils peuvent mettre en place une stratégie de Data Mining cohérente.

Existe (nt) — t-il (s) d’autre(s) secteur(s) d’activités dont les professionnels du Tourisme peuvent s’inspirer en matière de Data Mining ?

Tout d’abord je tiens à souligner que certains acteurs dans le Tourisme commencent à prendre conscience des enjeux liés au Data Mining et à la collecte des données. À Montréal par exemple, plusieurs acteurs de l’industrie du Tourisme ont mis en commun leurs données pour les rendre anonymes. Leur dispositif commence à répondre aux attentes du RGPD. Mais au-delà des questions juridiques, l’exploitation même de l’intelligence artificielle doit être optimisée. Le Data Mining repose sur l’utilisation de l’IA et du Machine Learning notamment. Derrière l’IA, il y a une notion d’intelligence. Or, aujourd’hui, les exemples ne sont pas très convaincants dans le tourisme. Par exemple, la quasi-totalité des chatbots que l’on trouve dans le secteur n’est pas intelligente. Ils se contentent de répéter une même information pour le même type de question posée. Pourtant, d’autres secteurs d’activités performent dans l’exploitation de l’IA et du Data Mining.

Dans la Santé par exemple, des chercheurs ont mis au point un dispositif Data Mining, qui après avoir analysé une multitude de radios des poumons est désormais capable de diagnostiquer le niveau d’avancement d’un cancer du poumon au point de donner la date de fin de vie du patient. Le dispositif peut alors préconiser, en fonction du cas, un envoi aux soins palliatifs plutôt que de s’obstiner à infliger un traitement lourd au patient pour tenter de le sauver. Autre exemple, dans la Justice. Aux États-Unis des chercheurs ont mis au point une IA Data Mining chargée d’analyser la totalité des codes de lois et des cas de jurisprudence. Mais l’algorithme va plus loin. Il analyse également les sentences prononcées par chaque juge et la défense adoptée par chaque avocat sur chaque dossier. L’objectif de cette analyse de données est de fournir à un cabinet d’avocats un pronostic sur la défense adoptée par la partie adverse, afin que les juristes du cabinet puissent anticiper et mieux préparer leur défense.

Pour moi ce sont des exemples qui démontrent le potentiel intelligent de l’IA, à l’inverse d’un chatbot qui se contente de retranscrire via un outil de messageries des informations qui sont disponibles ailleurs, comme sur un site web par exemple. Mais les acteurs du Tourisme peuvent se rassurer, il n’est pas trop tard. Plusieurs révolutions numériques ont lieu en même temps. Nous en sommes au Neandertal de l’IA et du Data Mining.

Vous animerez également un autre atelier le vendredi, consacré à la transformation digitale. En quoi ce sujet est-il important pour les acteurs du Tourisme ?

Je pense que les acteurs de l’industrie du Tourisme n’ont pas le luxe de se poser la question, la transformation digitale leur pend au nez, tout simplement. Cela fait déjà quelques années que le digital s’est développé à tous les secteurs d’activité et pilote notre quotidien. Pourtant certaines marques ont toujours du mal à assurer leur transition vers la digitalisation de manière efficace. Au fur et à mesure que le digital se développe dans tous les rouages de la société, les professionnels et institutionnels qui ne disposeront pas d’une infrastructure adaptée au digital peineront à exister face à leur concurrent. Le titre de l’atelier résume bien cette idée. Une autre problématique est la question de la désintermédiation. On a longtemps redouté la prise de contrôle absolue de l’industrie digitale par Google. Bien que la menace soit réelle, le digital nous démontre, contre toute attente, que de petites startups qui présentent un projet pertinent ont la capacité de peser rapidement sur la scène digitale au même titre que les géants du web.

D’après vous, quelles sont les bonnes pratiques à suivre pour assurer sa transformation digitale ?

Je commencerai plutôt par dire ce qu’il ne faut pas faire. Trop souvent, les professionnels du Tourisme développent des outils numériques par mimétisme. Il y a une multitude de grands offices de tourisme au Canada qui ont développé leur application mobile simplement pour se calquer sur leurs pairs. C’est un comportement ridicule. La preuve, en trois ans aucun touriste n’a pris pour habitude de les télécharger et de les utiliser. Trop souvent, les acteurs investissent dans des échecs, à tort. Je crois beaucoup aux startups, qui ont une bonne connaissance du potentiel lié au digital, que ce soit dans le Tourisme et hors secteur. Ils sont d’excellentes sources de conseils et d’inspiration pour les professionnels du Tourisme, pas toujours au point en matière de technologies. Par exemple, une jeune pousse spécialisée dans le développement de solutions digitales pour le secteur industriel a mis au point un système informatique de gestion des horaires dans les usines. L’outil a été repris en l’état par des hôtels et des restaurants pour optimiser leur gestion du travail saisonnier.

Je crois beaucoup au potentiel des startups, mais également aux bénéfices de la mutualisation. Pour assurer leur transition digitale, les acteurs du Travel doivent tout d’abord identifier la problématique interne qu’ils veulent résoudre grâce au digital puis échanger avec les autres acteurs du secteur qui partagent ces mêmes problématiques pour mettre leur force en commun. Un hôtelier, une agence de voyages ou une office de tourisme, ne peut pas à lui seul devenir un acteur aussi puissant que Google. Mais en mutualisant ses ressources avec d’autres acteurs qui partagent des problématiques similaires, puis en puisant dans l’expertise des startups du digital, un professionnel du Tourisme est en mesure de développer des solutions digitales pertinentes. Qu’elle s’effectue par secteur ou par territoire, la mutualisation des problématiques et de la R&D est un levier idéal pour réussir son virage digital.

Pouvez-vous estimer le coût de la transition digitale ?

Il est difficile d’estimer le coût de la transition digitale, il va forcément dépendre de la taille de la structure et du service qu’elle souhaite développer pour optimiser son activité. Je tiens cependant à attirer l’attention des professionnels et institutionnels sur un point particulier, ce que j’appelle le taux de remplacement de la technologie. À la fin des années 1990, début des années 2000 un hôtel, je ne me souviens plus très bien, mais je crois que c’était le Manoir Richelieu, a décidé d’installer la connexion internet au sein de ses chambres pour améliorer l’expérience client. C’était une grande et très ancienne bâtisse. Le propriétaire a donc entamé un chantier coûteux pour tirer des câbles Ethernet dans toutes les chambres. Manque de bol, le chantier s’est déroulé l’année où le Wi-Fi est sorti. Encore une fois, les révolutions numériques sont multiples. Les acteurs du Tourisme doivent donc constamment être en veille et identifier les technologies prometteuses qui peuvent apporter une réelle valeur ajoutée à leur offre de services. C’est en quelque sorte le message que je souhaite faire passer lors de mes interventions à VEM. La mutualisation et le recours aux startups, un point de vue que nous partageons d’ailleurs avec l’organisateur du salon, Benoît Dudragne.

Photo d’ouverture : © Chris Ried

A lire aussi :

Previous post

Google intègre de nouveaux services qui facilitent la planification d’un voyage

Next post

Airbnb poursuit sa mue en ajoutant 26 000 hôtels à sa plateforme

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *