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Du Big Data au « Dataïsme »

Datawarehouse, datamining, big data, data ceci, data cela… depuis quelques années on entend fleurir tout un tas de termes nous parlant des données. Est-ce un effet de mode ? Pas si sûr, au point de se demander si pour certains il ne s’agit pas d’une nouvelle religion.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Si l’on se réfère à Kondratieff et Schumpeter, l’apparition d’innovations de rupture permet d’expliquer les cycles économiques. Cette vision des cycles économiques les compare à des vagues. Les phases montantes correspondent à l’apparition, l’assimilation, la diffusion et l’amortissement des nouvelles innovations. Le point de retournement correspond à la baisse de la demande et à l’accroissement de la concurrence. Enfin le creux de la vague est synonyme de taux d’intérêt trop élevés et de difficultés à rembourser la dette notamment pour ceux qui ont imité les innovateurs après avoir provoqué une saturation du marché.

D’après Schumpeter, nous nous trouvons aujourd’hui entre la 5ème et la 6ème vague des cycles d’innovation. L’informatique, les télécoms et Internet sont maintenant matures et les innovations de rupture de la 6ème vague commencent à faire parler d’elles : internet des objets, nanotechnologies et intelligence artificielle.

Ce qui est intéressant de soulever est l’accélération des vagues : la cinquième vague aura duré deux fois moins de temps que la première. Cette accélération s’explique assez aisément. Lors des premières vagues, doubler la productivité d’une machine prenait environ cinquante ans. Lors de la cinquième vague, l’informatique est devenue prépondérante et avec elle la loi de Moore. Gordon Moore, co-fondateur de la société Intel, a énoncé cette loi en 1965 : la puissance des ordinateurs double tous les 18 mois. Pas étonnant que nous ayons tous cette impression que le monde a accéléré.

Cycle_Innovation_Schumpter

Et c’est bien cette puissance vertigineuse atteinte par les ordinateurs qui est à l’origine de la sixième vague. L’intelligence artificielle (IA) est une théorie assez ancienne. Vous vous souvenez d’Alan Turing et de sa machine qui ont cracké le code secret des Nazis, Enigma. On peut dater le point de départ de l’IA juste après la seconde guerre mondiale avec l’article d’Alan Turing « ComputingMachinery and Intelligence » (Mind, octobre 1950).

Mais les théories qui suivirent ce premier article, notamment celles sur les réseaux de neurones, n’étaient jamais mises en pratique par manque de puissance des machines mais également par manque du carburant essentiel à ces théories : la donnée. En effet, les algorithmes dits d’auto-apprentissage, ont besoin d’énormément de données pour apprendre et comprendre ce qu’ils doivent réaliser, comme par exemple apprendre les règles du jeu de GO et battre le champion du monde. Le temps avec la loi de Moore et l’avènement d’Internet, des GAFA et consorts ont donc apportés à l’IA les deux éléments essentiels à son essor : puissance des machines et données en quantité.

Vous commencez à me voir arriver ? Mais quel est le rapport à la religion me direz-vous ?

Faisons un petit voyage dans le temps, bien avant la première révolution industrielle, du temps où Homo Sapiens se fixe et découvre l’agriculture. Il doit se protéger des fléaux qui l’entourent : famine, maladie, guerre. Les Dieux sont nés. Quoi de mieux en effet, que d’en appeler à des entités divines et intouchables pour se protéger. Au fil des siècles, les religions ont évolué, sont principalement devenues monothéistes et ont surtout présentées l’être humain comme le chef d’œuvre de Dieu. Il est au-dessus des autres espèces. Puis la révolution scientifique a donné encore plus de pouvoir à Homo Sapiens. Il déchiffre les lois scientifiques : il devient unique, il est au-dessus des dieux. L’Humanisme est né.Son libre arbitre est la seule référence de l’humain en ce sens qu’il n’a plus besoin d’une entité divine pour prendre ses décisions.

Nous voici de retour au XXIème siècle. Des scientifiques viennent de montrer que le fonctionnement du cerveau humain et de tous les animaux était comparable à un algorithme. En ce sens, pour certains, toutes les maladies qui nous touchent, peuvent être vues comme de la donnée. Microsoft a d’ailleurs annoncé qu’ils vaincraient le cancer d’ici 10 ans grâce à leur IA ! Les transhumanistes, dont les plus connus sont les deux fondateurs de Google, pensent même que l’humain qui vivra quatre ou cinq cent ans est déjà né. Mieux, pour eux le cerveau d’un humain, et donc également sa conscience, pourrait même être « transposé » dans une IA, promettant ainsi à tout un chacun la vie éternelle après la mort du corps physique.

L’Homme devient Dieu. C’est la mort de la mort. Une nouvelle religion est née : le Dataïsme.

Photo : Fotolia – Peshkova

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