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Comment faire de la France un leader mondial de l’intelligence artificielle ?

De gauche à droite : Alexandre Cadain, Laurent Stefani, Antoine Bordes, Paul-François Fournier, Bruno Bonnell et Virginie Duby-Muller

Hier s’est déroulé le Forum Parlementaire de l’intelligence artificielle (IA), en présence d’une cinquantaine de parlementaires. L’occasion de revenir sur les enjeux de l’IA et sur la nécessité pour la France de se positionner parmi les leaders mondiaux.

C’est à la Maison de la Chimie que RM conseil, agence de conseil en communication et relations institutionnelles, a convié hier parlementaires, étudiants, professionnels et journalistes afin de réfléchir à l’intelligence artificielle en tant qu’impératif économique, sociétal et géopolitique.

En introduction, Laure de la Raudière, députée (LC) d’Eure-et-Loire et marraine du Forum, a rappelé les différents enjeux induits par l’intelligence artificielle. Ils sont sociaux car plusieurs métiers vont disparaître. Il faut travailler à la réussite de cette mutation. Ils sont publics car l’IA, à travers la médecine prédictive, permet d’être plus efficace en réduisant les dépenses. Ils sont aussi éducatifs car elle pourrait permettre la mise en place de modes d’apprentissage adaptés à chaque élève. « En septembre dernier, Vladimir Poutine a dit que le pays qui dominera l’intelligence artificielle dominera le monde. Nos politiques ont un besoin vital de comprendre ces enjeux. Il nous faut créer des géants mondiaux et un fonds européen », a-t-elle lancé à l’auditoire tout en soulevant quelques questions. L’utilisation des données personnelles sonne-t-elle la fin de la vie privée ? S’agit-il là de la fin de la démocratie ? « Pensons le monde avec l’Homme au cœur », a conclu Laure de la Raudière dans son préambule.

La France prévoit d’investir 1,5 milliards d’euros

La table-ronde intitulée  « Comment faire de la France un leader mondial de l’intelligence artificielle ? » s’est ensuite ouverte sur l’intervention de Virginie Duby-Muller, députée (LR) de la Haute-Savoie, qui a donné quelques chiffres. Elle a rappelé que la France a prévu d’investir 1,5 milliards d’euros dans le développement de l’IA quand la Chine prévoit d’en investir…13 milliards. En 2016, 1600 startups spécialisées dans le domaine étaient recensées dans le monde. En France, elles étaient 270 début 2017. Si l’enjeu semble avoir été compris par le gouvernement, il reste encore des efforts à faire pour se positionner parmi les leaders.

Des startups qui veulent changer le monde

Une idée partagée par Paul-François Fournier, Directeur exécutif en charge de l’innovation chez Bpifrance, qui croit au potentiel des startups. En 2017, la Banque Publique d’investissement a soutenu 4000 startups en 2017 contre 1500 en 2013. Selon lui, c’est du côté de la deep tech que se trouvent les opportunités les plus intéressantes. Les jeunes pousses de la deep tech ont l’ambition de créer des innovations de ruptures en repoussant les frontières technologiques, grâce aux avancées scientifiques. Elles veulent guérir le cancer ou lutter contre le changement climatique par exemple.

ANIMA.ai est un laboratoire qui a cette même ambition. Fondé par Alexandre Cadain, entrepreneur et ambassadeur européen d’IBM Watson AI XPRICE, il entend impacter positivement la vie d’un milliard d’individus d’ici 2020. « Nous pourrions changer le monde mais nous ne le faisons pas. Des moyens sont mis pour créer des chatbots, mais aucun pour guérir le paludisme », a-t-il lancé à l’assistance.

Image du film 2001, L’Odyssée de l’espace, réalisé par Stanley Kubrick. Dans le film, HAL, une intelligence artificielle, veut se débarrasser de ses partenaires humains. Elle est souvent citée lorsqu’on évoque les peurs liées au progrès de l’IA, au même titre que le film Terminator.

« En France, nous n’avons pas de pétrole mais des idées »

Antoine Bordes, Directeur du centre de recherche de Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR) de Paris, a ensuite déclaré que l’ouverture de ce laboratoire permettait au réseau social de garder une longueur d’avance dans le domaine. « Nous sommes passés de 5 à 40 personnes en 2 ans », a-t-il précisé. Pourquoi la France ? L’écosystème de l’IA y est riche et les chercheurs et étudiants très doués, a-t-il répondu. Facebook travaille notamment sur l’intelligence artificielle pour mettre en place un programme de traduction. « Cela s’inscrit dans notre volonté de connecter les gens entre eux et de partager nos recherches. Nous avons publié un logiciel de traduction en open source », a complété Antoine Bordes.

Une présence de l’Américain sur le sol français plutôt critiquée par Bruno Bonnell, député (LREM) du Rhône et notamment fondateur d’Atari ou de GameOneTv. « En France, nous n’avons pas de pétrole mais des idées. Sauf qu’elles sont pompées pour pas cher, comme le fait Facebook », a-t-il argumenté. Selon lui, c’est une guerre des civilisations qui est cours avec l’intelligence artificielle. Les logiciels nourris à l’IA sont en anglais ou en mandarin. Pas en français. « L’intelligence artificielle est tout sauf cool. Elle est essentielle. Et le dataïsme (ère où les algorithmes et les données remplacent notre libre arbitre et notre intuition, ndlr) n’est pas une mode, mais un vrai phénomène », a déclaré Bruno Bonnell avant d’ajouter : « Arrêtons de dire que le pays investit dans l’intelligence artificielle. Il y a une fuite des cerveaux. Celui qui aura le plus de données sera le meilleur et la France semble prendre le mauvais chemin ». Selon le député, c’est une illusion de penser que l’Etat sera le protecteur de nos données. « Imaginons qu’une compagnie d’assurance veuille savoir quels sont ses clients qui fument le plus. Elle ne peut pas le savoir directement. Mais elle peut savoir, grâce à Facebook par exemple, que certaines personnes se connectent pendant 10 minutes plusieurs fois par jour, souvent aux mêmes heures. Probablement pendant la pause cigarette. Grâce aux voitures connectées, elle peut savoir que certaines personnes s’arrêtent régulièrement devant un bureau de tabac. Que peut faire la CNIL contre ça ? », a-t-il illustré, en faisant référence au RGPD, règlement européen sur la protection des données qui entrera en vigueur en mai 2018.

La question de l’utilisation des données

En posant cette question, Bruno Bonnell, a ouvert le débat sur l’utilisation des données lors de cette table-ronde. Une question qui en soulève une autre : celle de la valeur de la data. A la manière d’une œuvre d’art, on peut envisager qu’une personne décide de céder, de vendre ou de léguer ses données. « Cela va générer de nouveaux business. Nous allons peut-être assister à la naissance de brokers de la data », a expliqué le député. Il a ensuite révélé que ces sujets feront l’objet de travaux qui seront proposés au gouvernement.

Pour prendre le contre-pied, Antoine Bordes a ensuite expliqué que beaucoup de données étaient en open source. C’est le cas de la plateforme Image.net créée par l’Université de Standford et qui permet d’alimenter de nombreux algorithmes d’intelligence artificielle.

« Faut-il rendre nos données inaliénables ? », a questionné  par ailleurs Alexandre Cadain, avant d’ajouter : « Plutôt de dire qu’en France, nous n’avons pas de data pour travailler, créons des filiales par exemple. Il faut arrêter de jouer les victimes et créer de nouveaux modèles ». Pour Laurent Stefani, Managing Director IA chez Accenture, il est difficile de légiférer sur l’utilisation de la data. En revanche, il est plus facile de légiférer sur l’intention des entreprises.

La table-ronde s’est conclue sur la nécessité de sortir de cette utilisation très marketing de l’intelligence artificielle et de créer de nouveaux modèles économiques afin que la France sorte son épingle du jeu.

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