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L’avatar est-il l’avenir du voyage d’affaires ?

Image tirée du film Avatar

Les déplacements professionnels font partie intégrante du business. Cependant des considérations d’ordre écologique et économique sont en train de bouleverser ce domaine en profondeur. A ce titre, il va nous falloir reconsidérer la notion même de déplacement et les technologies numériques nous offrent un vaste champ d’investigation. L’avatar, qui permet d’être là sans y être, a un réel potentiel dans le voyage d’affaires de demain.

Il existe plusieurs systèmes d’avatar. La visioconférence en est un exemple. Cela consiste à être filmé en même temps que vos interlocuteurs et à être diffusé sur un écran, le plus souvent posé sur votre bureau. L’image et le son étant là, c’est une sorte de super communication téléphonique. Il existe maintenant des systèmes plus évolués intéressants pour les professionnels, par exemple avec des écrans géants qui permettent de voir votre interlocuteur en taille réelle. Ces écrans arrivent à mettre en présence une dizaine de personnes, et si le décor est raccord, vous avez le sentiment d’être assis tous ensemble à une large table de réunion.  Il existe aussi des « boites de conversation » qui donnent l’illusion que vous êtes dans un petit bureau avec une personne assise en face vous.

Le problème principal de ces solutions est qu’elles sont trop statiques : on ne peut pas sortir du champ étroit de la caméra. Un autre système intéressant est le robot de téléprésence. C’est utile pour parler avec quelqu’un à distance ou quand on ne peut pas se rendre à une réunion. Ce type de robot permet par le biais d’un écran sur lequel on peut voir votre visage en temps réel d’avoir une interaction avec les personnes qui sont autour du robot. Autre avantage, vous pouvez déplacer ce robot et parcourir les allées d’un salon ou les couloirs d’un bureau et donc rencontrer un certain nombre de personnes sans avoir à vous déplacer. Il en existe plein, des petits, des gros, des grands, mais ce ne sont quand même que de simples « manches à balais » avec un écran en guise tête. Et même si on lui met une chemise comme aux robots de l’aéroport de Minneapolis, ce n’est pas très réaliste et cela peut-être un obstacle à la communication

Des réunions virtuelles bientôt parfaites

Dans la grande famille des robots il existe aussi le robot humanoïde : l’actroïde. Il s’agit d’un robot qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un humain. Les actroïdes sont capables d’avoir de multiples expressions comme le montre le travail de Hanson robotics, ce qui les rend très réalistes. Cependant, il peut y avoir un problème que l’on appelle « la vallée dérangeante ». C’est le malaise que l’on éprouve en se retrouvant face à quelque chose qui ressemble à un être humain mais qui n’en n’a pas toutes les caractéristiques. Cela crée ce que l’on appelle une dissonance cognitive.

Facebook Spaces

Une autre solution pourrait donc être la réalité virtuelle. Inventée en 1965 au MIT, elle permet des choses incroyables. Par exemple avec la dernière version d’Oculus Rift, on peut aménager un magasin en bougeant les meubles à sa guise dans un espace virtuel. On peut donc avec ces casques envisager de travailler à plusieurs. D’ailleurs, il y a plusieurs mois, Facebook a lancé « Facebook spaces », une solution pour travailler à plusieurs dans un espace virtuel. Vous vous réunissez et pouvez parler, dessiner sur un tableau, manipuler des objets, tout cela virtuellement en réunissant plusieurs personnes localisées à des endroits différents. Le problème est qu’il faut un casque ! Vous connaissez la cybercinétose ? C’est le mal lié aux casques de réalité virtuelle. C’est en fait le même phénomène que le mal des transports et cela touche plus de 20% de la population. Ce problème va limiter le développement des casques de réalité virtuelle.

Mais heureusement, il n’y aura bientôt plus de casque. On portera des lentilles connectées comme celle inventée par Google qui en a déposé le brevet 2015. Ces lentilles permettent de voir en surimpression sur l’œil une multitude d’informations. Vous pourrez par exemple voir la météo, les résultats d’un match et vos e-mails sans regarder un quelconque objet, juste en « regardant » votre œil ! Vous pourrez donc avoir des conversations à distance avec quelqu’un qui sera en surimpression sur votre rétine. Cela vous donnera l’illusion que cette personne est devant vous.

L’ubiquité, bientôt une réalité ?

Une autre solution qui ne nécessite pas de casque l’hologramme. Jean-Luc Mélenchon l’a rendu populaire en utilisant le bon vieux système du miroir incliné. C’est formidable, l’hologramme. Cela permet à une personne d’être à plusieurs endroits en même temps. Mais la technique requise n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourquoi Microsoft a imaginé le mois dernier, le « room 2 room ». Ce dispositif permet d’être projeté dans la position que vous souhaitez, assis en l’occurrence, soit face à un humain, soit face à un autre hologramme. Deux projecteurs et deux caméras vous permettent de vous projeter où vous le souhaitez pour parler à distance. Pour le moment, ce n’est pas très au point mais on voit bien quel va être l’intérêt. C’est beaucoup plus souple que les systèmes traditionnels de visioconférence car il n’y a pas d’écran. Tous ces avatars permettent d’être là ou vous n’êtes pas mais l’ubiquité réelle existe-t-elle ? Plus précisément pouvons-nous être à deux endroits différents et y faire deux choses différentes ?

Il existe depuis peu ce que l’on peut appeler des Avatars virtuels synchronisés. L’entreprise Soul Machines vient de lancer ce procédé. Ce sont des avatars qui reproduisent exactement votre visage. Ils reproduisent même votre structure osseuse et vos muscles pour être très réaliste. Soul Machines envisage même d’enregistrer votre voix puis, en la passant à la moulinette de réseaux neuronaux numériques, de lui faire dire des phrases que vous n’avez jamais prononcées. Cela permettra par exemple à votre avatar de prendre des rendez-vous ou de régler des questions assez simples, sans que vous ayez besoin d’être là. Donc nous sommes bien en présence de l’ubiquité au sens premier du terme.

Car dans toutes ces solutions, il ne faut pas oublier quelque chose d’essentiel dans la relation humaine. C’est ce que l’on appelle la cognition incarnée. C’est-à-dire que dans la relation, tout le corps est engagé. Vous parlez avec votre corps, vos mots influent sur votre corps, sur celui de l’autre et votre corps et celui de l’autre influent sur vos paroles. Il existe aussi ce que l’on nomme les neurones miroirs. C’est ce qui fait que nous faisons les mêmes gestes que l’autre quand nous sommes en phase avec cette personne. C’est très important et cela permet par exemple de signer (ou pas !) des contrats. Mais il y a aussi tout ce que l’on ne comprend pas encore dans la relation humaine comme le toucher, par exemple. Là aussi les nouvelles technologies sont en passe de trouver des réponses.

Vers des hologrammes tactiles

Dans le cas de l’avatar, par exemple, les solutions haptiques sont très utiles. Il existe pour le moment des combinaisons qui vous permettent de ressentir le toucher à distance. On voit aussi apparaître des prototypes d’e-peau qui permettent de ressentir le toucher de façon encore plus précise. Comme son nom l’indique, elle est connectée et permet d’envoyer des sensations de toucher à distance. Et les odeurs ? Et bien il existe plusieurs systèmes comme le Nosulus Rift qui permettent de retranscrire à distance des odeurs synthétiques. Nous sommes donc sur le point de reproduire la quasi-totalité des éléments essentiels qui sont requis pour une communication inter-personnelle efficace : la voix, l’image, le mouvement, le toucher et l’odeur.

L’avenir est donc peut-être à l’hologramme tactile. Il est pour le moment balbutiant mais promet des interactions efficaces. Nous pourrons donc serrer la main de l’hologramme-partenaire qui viendra s’asseoir en face de nous dans notre bureau et lui taper sur l’épaule quand le contrat sera signé. Nous pourrons même sentir l’odeur du cigare que nous allumerons en fin de transaction.

Cette chronique a été publiée préalablement dans le Mook For Business Travel #1.

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