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Entretiens de Vixouze 2017: Comment le numérique peut-il compléter ou se substituer à l’offre culturelle?

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Les 7 et 8 septembre s’est tenue la deuxième édition des Entretiens de Vixouze. Cet événement au coeur du Cantal rassemble de nombreux acteurs du Tourisme autour de l’innovation et du Tourisme du futur. Dans le cadre des Conférences Imaginaires, un des temps forts de l’évènement,  la question de la pérennité du tourisme culturel s’est posée lors de la table ronde intitulée « Culture: Patrimoine in the Pocket ».

A l’ère de la digitalisation de la culture, voyager grâce à la réalité virtuelle est-il un rêve, un fantasme ou la réalité ? Pour répondre à cette question, fil rouge de cette table ronde, sont intervenus Peter Debrine, Senior Project Officer, développement durable à l’UNESCO, Jean Paul Loubes, architecte, anthropologue et écrivain ainsi que Khalila Hassouna, Directrice Commerciale d’Iconem. Le triptyque Patrimoine, Tourisme et Nouvelles Technologies pourra-t-il un jour faire émerger une nouvelle forme de tourisme culturel ? C’est la question qu’a soulevé Pierre-Yves Lochon, Directeur associé de Sinapses Conseils et Fondateur de CLIC France, qui a animé cet échange.

Jean Paul Loubes, anthropologue et auteur du livre Tourisme, arme de destruction massive paru en 2015, a axé son propos autour de la conservation des cultures locales. Il a notamment donné l’exemple de Barcelone et de Venise, où les habitants rejettent le Tourisme de masse depuis qu’Airbnb a investi leurs villes. En effet, les Barcelonais et Vénitiens ont le sentiment de perdre leur culture locale et que leur cadre de vie est en déclin. Peter Debrine, Senior Project Officer, développement durable à l’UNESCO, a rappelé que les missions de l’UNESCO sont de conserver et de protéger le patrimoine. Selon lui, la façon dont on voyage change et l’enjeu aujourd’hui n’est pas d’empêcher ce changement mais de chercher comment s’y adapter. Il a ajouté que l’autre enjeu actuel est de savoir si l’on préfère développer le Tourisme ou l’offre culturelle, si les deux ne sont pas compatibles.

La réalité virtuelle au secours du Tourisme et du patrimoine

Deux façons de contrecarrer le tourisme de masse ont été évoquées. La première serait de limiter le nombre de touristes dans les villes ou les lieux culturels. La seconde consisterait à développer une offre numérique de substitution ou de complément à l’offre culturelle initiale. La Cité interdite de Pékin, par exemple, a opté pour cette seconde option qui permet à la fois de limiter le nombre de visiteurs et de développer de manière importante des dispositifs numériques. Depuis 3 ans, le musée à mis en place plusieurs outils numériques:

  • L’application « 365 Days of Masterpieces » dont le but est de présenter chaque jour une pièce de leur collection
  • Des images de chefs d’oeuvre ont été mises en ligne sur Google Arts et Culture
  • L’ouverture d’une salle d’exposition numérique dans la galerie Duanmen.

Le musée a créé un deuxième site numérique à Hong-Kong, qui doit ouvrir ses portes en 2022 dans le but de désengorger le lieu.

L’objectif de ces outils est de montrer des oeuvres ou des espaces difficiles d’accès ou fragiles. Les sites sont donc protégés tout en permettant aux visiteurs d’en profiter d’une façon ou d’une autre. C’est un compromis face aux dégâts que peut provoquer le tourisme de masse.

Khalila Hassouna, Directrice Commerciale d’Iconem, société spécialisée dans la protection du patrimoine, est intervenue au sujet des vertus de la réalité virtuelle. Iconem utilise la méthode de la photogramétrie (qui consiste à prendre le plus de photos possible de tous les points de vue) pour constituer une bibliographie numérique des grands sites du patrimoine mondial, en partenariat avec l’UNESCO. Elle a expliqué que la 3D remplaçait la visite physique par une visite virtuelle pour les monuments difficiles d’accès pour des raisons de sécurité comme au Moyen-Orient où de grands sites culturels syriens notamment ne sont plus visitables pour des raisons d’accessibilité géographique. Elle est également utile pour les sites qui subissent la sur-fréquentation et se dégradent tels que Pompéi,  bien qui n’existent plus comme Palmyre. Enfin, elle permet également de faire revenir les touristes par la valorisation en 3D comme le fait Iconem pour le pays d’Oman. Le dispositif utilise un casque de réalité virtuelle, ce qui permet à l’utilisateur d’être totalement immergé au sein du site. Il peut alors se déplacer et effectuer plusieurs manipulations comme zoomer, monter sur un toit, etc.  Selon elle, « la 3D ne fait pas que remplacer, cela apporte quelque chose de plus à la visite ».

Peter Debrine a ajouté que la 3D ou la réalité virtuelle apportait une forme de confort dans l’expérience. Il a pris l’exemple du tableau de la Joconde exposé au musée du Louvre et a expliqué que la technologie permettait une reconstitution à l’identique du tableau, jusqu’aux traces de pinceaux et à la texture, ce qui permet d’apprécier l’oeuvre différemment que si on y était. Elle permet aussi, selon lui, une forme de démocratisation culturelle pour les sites chers d’accès, car la réalité virtuelle peut permettre une visite virtuelle et gratuite des lieux.

Une nouvelle forme de tourisme qui suscite de nombreux débats 

A la suite de ces propos, une problématique à été relevée dans l’audience au sujet de l’utilisation de la réalité virtuelle dans la commercialisation des voyages. En effet, avec l’utilisation de cet outil, le voyage ou la destination sont vendus sous leur meilleur angle, ce qui peut remettre en question le terme de « réalité ». La question du risque se pose alors. Pour une partie de l’audience, la réalité virtuelle risque de créer un fossé en termes d’attente du client par rapport à ce qu’un agent de voyage est capable de livrer en termes d’expérience client.

A la suite de ces questionnements, Jean Paul Loubes a posé une question sur la façon dont on intègre « la réalité de la dévastation du tourisme de masse dans la réalité virtuelle ». Cette question a été jugée « pertinente et impertinente » par un membre de l’audience qui a invité l’anthropologue à se tourner vers les élus locaux qui, selon lui, ont le pouvoir de légiférer et de fluidifier l’affluence des touristes, sans tenir compte de l’offre numérique.

Le débat a alors pris une toute autre tournure. Il ne s’agissait plus de réfléchir aux technologies intégrées au tourisme culturel, mais sur la manière de gérer et modifier les flux de touristes pour protéger le patrimoine et les cultures locales. Un tournant qui traduit un désir de protection plus que d’évolution des pratiques du tourisme culturel. Les innovations technologiques comme la réalité virtuelle ont donc, au vu de la tournure qu’a pris cette table ronde, du chemin à faire avant d’être totalement acceptées et considérées comme une solution au tourisme de masse. 

Photo d’ouverture : Juan Di Nella

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