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Transpod : « La France doit s’emparer de l’Hyperloop»

Depuis 2013, nombreuses sont les sociétés à se lancer dans l’aventure Hyperloop. Remis au goût du jour par Elon Musk, fondateur de SpaceX, ce train ultra rapide devrait permettre de transporter des voyageurs à une vitesse de 1 220 km/h grâce à une technologie permettant au véhicule de se déplacer dans des tubes à basse pressurisation sur un coussin d’air engoncé. Transpod est l’une d’entre elles. Dans le cadre des Entretiens de Vixouze qui se dérouleront le 7 et 8 septembre prochain, nous avons voulu en savoir plus sur ce concept et sur les problématiques qui seront soulevées lors de l’évènement. Rencontre avec Sébastien Gendron, un ancien de chez Airbus et Bombardier désormais co-fondateur et CEO de Transpod.

Pouvez-vous présenter Transpod ?

Transpod est une startup canadienne lancée fin 2015. Elle a vite été sécurisée par des investissements via une levée de fonds de 20 millions de dollars canadiens (environ 13 millions d’euros, ndlr). Notre développement industriel a lieu en Italie et au Canada et nous avons plusieurs partenaires en France, basés à Toulouse et à Paris. Nous avons plusieurs objectifs, à plus ou moins long terme. A très court terme, nous aimerions boucler une deuxième levée de fonds avant la fin de l’année. A court terme, nous allons effectuer des 1ers tests à Calgary dans l’Ouest canadien. Nous allons construire une ligne de 4 km de long pour tester notre véhicule et obtenir les certifications. Nous espérons mettre au point une ligne entre Calgary et Edmonton d’ici 2019. Nous envisageons aussi de créer une ligne Toronto-Montréal avec des arrêts à Ottawa et Kingston. Nous ne visons pas le marché européen pour le moment. Ce qui nous intéresse, c’est de nous implanter dans des villes où il n’y a pas de transport à grande vitesse. Il y a aussi des projets intéressants au Moyen-Orient, en Russie ou en Indonésie.
Si l’Hyperloop devait arriver en France, ce ne serait pas avant 2030-2035 avec des lignes reliant Paris-Toulouse ou Paris-Francfort. Des lignes qui serviraient plutôt comme transport de fret et qui pourraient profiter à Amazon ou DHL. Je pense que le grand public est prêt, mais pas le gouvernement. Emmanuel Macron tente de faire avancer les choses, mais il a affaire à des dinosaures. C’est ce qu’il se passe aussi pour les voitures autonomes ou les drones…
A moyen terme, nous voulons atteindre une vitesse similaire à celle d’un avion, sauf que les passagers voyageraient depuis le centre ville. Avec les tunnels aujourd’hui, il est possible de mettre en place de bonnes infrastructures pas trop coûteuses. Les trains auraient la même fréquence qu’un métro et il suffirait d’acheter un ticket juste avant de partir. Imaginez, vous pourriez décider de passer une soirée dans le Sud de la France au dernier moment. Le rapport au temps serait transformé. Comme pour le métro, il n’y aurait pas de contraintes météo grâce aux tubes. Il serait également facile de faire face à une dépressurisation, le train étant au sol.
A long terme, nous aimerions encore plus augmenter la vitesse. Si nous parvenons à enlever un maximum d’air dans les tubes, il n’y aurait plus d’onde de choc et il serait possible d’avancer de 3 000 à 5 000 km/h. Mais cela pose des questions car à cette vitesse, les passagers devraient peut-être porter une ceinture. Il faudrait aussi faire appel à des hôtesses, etc. C’est le débat que nous avons actuellement. Faut-il aménager l’intérieur comme un avion, un train, une rame de métro ? C’est la grande question.

Projet de capsule Transpod

Vous n’êtes pas la seule entreprise à vous être lancée dans l’aventure…

En effet, nous sommes aujourd’hui sept entités à développer l’Hyperloop. Il y a Hyperloop One, startup la plus médiatisée et qui a levé le plus de fonds (80 millions de dollars en mai dernier, ndlr). Il y a Hyperloop Transportation Technologies qui doit soi-disant s’installer à Toulouse. Arrivo a été créée par le co-fondateur d’Hyperloop One qui est parti à cause de différends juridiques. Il y a l’équipe d’étudiants néerlandais qui ont remporté le concours Hyperloop Pod organisé par SpaceX, Delft Hyperloop. Les Coréens développent aussi l’Hyperloop via un organisme de recherche depuis 2011. Ils ont donc une longueur d’avance. Puis il y a Elon Musk lui-même via sa société de tunnels Boring Company. Je sais également qu’Alstom et Siemens ont commencé à s’y intéresser… Il faut savoir que  le concept de l’Hyperloop existe depuis le siècle dernier. La société Swissmetro a notamment voulu développer un projet de train à sustentation magnétique souterrain en Suisse au début des années 2000. Mais elle a fait faillite au moment de la crise financière en 2008. S’il y a autant de sociétés qui s’y intéressent aujourd’hui, c’est qu’il y a un marché à prendre. Le fait qu’Elon Musk s’approprie le projet en 2013 a aussi créé toute une émulation autour de ce concept de train futuriste.

Quelle est votre valeur ajoutée par rapport à vos concurrents ?

Nos coûts d’infrastructure sont moins élevés. Nous avons une approche assez conventionnelle dans le développement, semblable à celle que l’on pourrait avoir lors de la conception d’un avion. Nous ne cherchons pas à faire de grands coups de communication. Nos concurrents font des vidéos très sympas, sauf qu’elles ne ressemblent en rien à la réalité. Notre propriété intellectuelle est aussi notre atout. Nous ne développons pas les mêmes systèmes de propulsion, trop onéreux. Nous sommes en moyenne 30% à 40% moins chers que certains de nos concurrents. Nous sommes confiants quant à l’avenir de notre société.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les points que vous aborderez lors des Entretiens de Vixouze ?

A Vixouze, il sera question de l’implication de la France dans le développement des transports du futur. Nous discuterons de l’intérêt stratégique de l’Hyperloop et de l’éventualité de créer une branche dans le pays. Aujourd’hui, les décideurs ne considèrent pas son développement comme quelque chose de critique. La France était pourtant en avance il y a 30 ans avec les trains à grande vitesse. Désormais, ce sont les Coréens qui sont les plus développés. Nous soulèverons plusieurs questions : est-ce que des startups comme Transpod se feront racheter par de plus grosses entreprises du secteur ? Est-ce qu’elles en ont envie ? Quel rôle jouera le gouvernement ? Je crois que le message principal que nous porterons à la table-ronde est « réveillez-vous » ! La France doit s’emparer de l’Hyperloop. Tout va plus vite que ce que nous le pensons. Il faut donc saisir des opportunités de partenariats, notamment entre la France et le Canada.

Plus d’infos et inscriptions aux Entretiens de Vixouze ici

Plus d’infos sur la table-ronde sur les transports du futur ici

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