Home»ACTUS»Forum Changer d’Ère : Comment l’intelligence artificielle va-t-elle transformer le travail ?

Forum Changer d’Ère : Comment l’intelligence artificielle va-t-elle transformer le travail ?

forum_changer-dere-lintelligence-artificielle_menace_lemploi

L’intelligence artificielle va modifier notre façon de travailler. Sur ce sujet, les experts de la table-ronde organisée lors du Forum Changer d’Ère étaient unanimes. Les enjeux de ces transformations, ainsi que les questions autour de la manipulation de la machine ou de la place de l’humain sont des interrogations complexes auxquelles ont tenté de répondre Joël de Rosnay, Laurence Devillers, Jean-Gabriel Ganascia, Nicolas Teisseyre, Françoise Mercadal-Delasalles, Guy Vallancien et Alain Dupas.

Selon un sondage Odoxa , l’intelligence artificielle est perçue par les Français comme une opportunité dans tous les domaines (Santé, Transport, Logiciels…) mis à part pour l’Emploi où elle est considérée comme une menace. Les Tricolores sont néanmoins d’accord pour dire qu’il faut se préparer à vivre avec les robots et par conséquent développer un enseignement spécifique de la robotique et de l’intelligence artificielle dès le collège.

Dans le cadre du Forum Changer d’Ère, qui se tenait le mardi 13 juin à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, une table-ronde nommée « Au boulot les robots… La vie aux humains ! » dévelopait les enjeux qui entourent l’intelligence artificielle, en particulier autour de l’emploi. La Fondatrice, Présidente et organisatrice du Forum, Véronique Anger-de-Friberg, modérait ainsi les idées d’une équipe d’experts formée pour l’occasion.

Des changements de comportements

Selon Joël de Rosnay, scientifique, prospectiviste, conférencier et écrivain français, « travailler, c’est transformer la matière ». Cela nécessite de l’énergie, du temps et de l’information. Il existe de nombreuses activités considérées comme du travail, comme les œuvres créatives, mais elles sont non salariées. Les robots et l’intelligence artificielle vont prendre en charge une partie du travail traditionnel, et cela « ne va pas enclencher la perdition du travail, mais changer la manière dont nous allons travailler, assure-t-il. Le challenge sera la formation des personnes et des managers à l’intelligence augmentée. »

De plus, avec les nouvelles formes de communication par la parole, le dialogue avec la machine va s’imposer et s’humaniser. Est évoquée la possibilité de brancher le cerveau sur l’intelligence artificielle, de façon à augmenter l’homme. L’interface serait ainsi non-invasive, contrairement au portable qui nécessite un clic. Laurence Devillers, Professeure à l’université Paris-Sorbonne et chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi) du CNRS, travaille sur la mise en place de chatbots et robots affectifs et sociaux. Elle explique de, si l’assistant vocal existe déjà (Alexa, Google Home, Siri) il ne répond pas encore aux attentes : « Il a peu de mémoire sur la conversation. Nous sommes encore loin de la liaison intelligence artificielle / cerveau, affirme-t-elle. Il faut se préoccuper de ce que l’on a déjà réussi à développer pour le moment car cela risque de changer nos vies dès maintenant ».

En effet, les machines vont être de plus en plus présentes et changer nos comportements. Pour les appréhender, Laurence Devillers souligne la nécessité d’éduquer et de renseigner sur l’éthique. Cela posera de nouveaux challenges de recherche en éthologie, l’étude scientifique des comportements humains. Des actions sont par ailleurs menées par des syndicats et des groupes d’informaticiens pour mettent en place des garde-fous.

De nouvelles formes de travail

Jean-Gabriel Ganascia, Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, Chercheur en intelligence artificielle et Président du comité d’éthique du CNRS, cite quant à lui une étude tout juste publiée par l’université d’Oxford. Selon ce rapport, l’intelligence artificielle devrait, d’ici 45 ans, dépasser l’humain dans de nombreuses activités : traduction des langues, rédaction des textes scolaires, conduite d’un camion, commerce de détail, écriture d’un best seller… Si Jean-Gabriel Ganascia conteste la méthode d’enquête, il n’y croit tout simplement pas : « La traduction d’un roman ou d’un poème est très complexe. Il faut en comprendre les nuances ». Il mentionne ensuite le livre « Condition de l’homme moderne » d’Hannah Arendt. Dans cet ouvrage, l’auteure distingue trois types de travail : le labor — activité qui permet de survivre — l’œuvre et l’action. Avec l’arrivée des robots, un certain nombre de labors vont disparaître, selon le chercheur en intelligence artificielle. « Ce n’est pas dramatique, c’est même plutôt positif. De nouveaux métiers vont voir le jour et du temps va se dégager pour plus d’œuvres et d’actions. » L’activité humaine ne se dissout donc pas, mais laisse place à de nouvelles formes d’activités. D’où la nécessité, selon l’interlocuteur, de formations tout au long de la vie.

Nicolas Teisseyre, Senior Partner pour Roland Berger Strategy Consultants, observe la sortie du double risque de dénégation et de surestimation du digital. « Le numérique n’est plus une option, défend-t-il. Au niveau des équipes de management, la discussion porte de plus en plus sur ces sujets. » Trois grandes tendances s’identifient en termes de déformation des filières : la substitution, la cohabitation — comme pour Accor avec l’émergence de Booking ou TripAdvisor, et l’hybridation — le véhicule connecté voit des entreprises traditionnelles et startups collaborer. De nouveaux modèles de stratégie et d’organisation s’observent : « Nous sommes passés d’une stratégie d’indifférence, puis d’agressivité et maintenant d’empathie avec les entreprises innovantes », note-t-il. Dans tout cela, le mobile est selon lui la « pierre angulaire » de la révolution numérique.

Des constats confirmés par Françoise Mercadal-Delasalles, Directrice Générale déléguée du Crédit du Nord. Elle ajoute qu’à la Société Générale, la relation client a été  bouleversée par le transactionnel digital, puisque ce dernier a profondément modifié les comportements. Mais « la transformation est minime comparée à ce qui nous attend dans les prochaines années, précise-t-elle. La question est la suivante : Comment s’y prépare-t-on ? » Selon la Directrice Générale, il faut exploiter les datas et recruter des gens qui savent les utiliser. Les tâches basiques, sans valeur ajoutée, peuvent également être effectuées par des robots. «  Nous faisons face à une remise en question de la façon dont nous travaillons qui va extraordinairement vite. Les challenges qui nous sont posés sont désormais ceux de la libéralisation de l’intelligence collective et la créativité. »

L’autonomie de la machine

Pour le professeur Guy Vallancien, chirurgien et universitaire français, il faut pouvoir vivre avec la machine. Aujourd’hui, explique-t-il, le médecin va trop vite. La relation de confiance est peu à peu perdue. Les nouvelles technologies vont ajouter de la valeur au médecin, qui va retrouve une relation « plus plus » avec son patient. Mais parce que ce sont des hommes qui sont soignés, il faut également apprendre à se dégager de la machine pour transgresser les ordres de la société programmés dans cette dernière. Car c’est justement un homme qui est soigné, et non une statistique. « Le médecin va revivre, affirme le professeur. Mais je m’inquiète des dérives transhumanistes. Je répare, je n’augmente pas. Il faut retrouver de l’humanité et de la sagesse. »

La question du rapport entre intelligence humaine et intelligence artificielle est incommensurable et complexe, selon Alain Dupas, astrophysicien français. « Ce qu’a accompli Curiosity — à la pointe de la technologie — sur mars en quatre ans, les humains auraient pu le faire en une semaine », déclare-t-il. De même, il existe un paradoxe chez les économistes : malgré des capacités de calculs fortement multipliées ces dernières années, où est la productivité ? Entretenir un robot est très complexe. L’homme crée des boites noires avec de fortes compétences d’apprentissage . Le risque est donc la perte de capacité critique : « Si les décideurs, dès lors que la machine leur dit d’exécuter une action le font sans réfléchir, c’est un danger. Cela témoigne du pouvoir du robot car les humains ne gèrent plus la complexité du monde qui les entoure ».

Laurence Devillers affirme ainsi que la question des règles morales est un sujet pris en compte par la communauté internationale. Se pose en effet l’interrogation de la manipulation de la machine. L’autonomie de l’humain diffère de celle du robot. Des modèles sont développés pour contourner les algorithmes et rendre plus transparentes les intentions du robot. De plus, dès l’instant où ce dernier est capable de comprendre les émotions, il est capable de créer des stratégies de manipulation. Françoise Mercadal-Delasalles le souligne, le taux de satisfaction des centres d’appels est plus élevé quand les clients sont face à l’intelligence artificielle. Car elle analyse le son de leur voix pour interprété leurs paroles, elle est capable d’empathie et de patience… « Il va falloir réinventer le travail de demain, la nouvelle contribution sociale et la rémunération qui va avec », annonce-t-elle. Alain Dupas, quant à lui, prône le glissement vers une « société de création ». Jean-Gabriel Ganascia encourage à arrêter de compter le nombre d’heures à l’établi.

« La compréhension des émotions par les chatbots n’est pas encore aboutie, apaise néanmoins Laurence Devillers. Ils détectent les émotions dans la voix, mais ne sont pas capables de les comprendre. La recherche du sens est le graal actuel. » Selon elle, le travail doit être divisé en tâches pour identifier la complémentarité entre ce que l’humain peut accomplir et ce que la machine peut faire. Elle conclut : « Arrêtons de parler d’intelligence artificielle, car elle est bien loin de l’intelligence humaine ».

Previous post

#AI PARIS : France IA accompagne les entreprises françaises dans leurs projets d'Intelligence Artificielle

Next post

Laurent Briquet : « sur l'IFTM Top Resa, nous tentons de remettre la technologie au cœur du sujet »

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *