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Les tendances technologiques du CES 2017

Il y a un mois se déroulait à Las Vegas le plus grand salon au monde consacré à l’innovation technologique et électronique grand public : le CES. Si l’an dernier la réalité virtuelle et augmentée étaient à l’honneur, c’est l’intelligence artificielle qui cette année semble être la grande tendance. Pascal Malotti, Directeur Conseil et Marketing de Valtech France, a eu la chance d’arpenter les allées du salon et revient pour TOM sur ses grands enseignements.

Pascal Malotti, Directeur Conseil et Marketing de Valtech France

Quelles sont les grandes tendances technologiques de cette édition 2017 ?

Nous assistons à un phénomène incrémental (qui s’améliore petit à petit mais n’opère pas de profonds changements, ndlr). Il y avait encore de la réalité virtuelle cette année, mais il s’agissait davantage de présenter des périphériques destinés à la grande consommation. La tendance était donc à l’enrichissement. Le public n’est pas encore prêt à adopter toutes ces technologies et ceux qui achètent, ce sont surtout les geeks.
Nous avons aussi assisté à la bataille des écosystèmes. Amazon a fait beaucoup de bruit avec son enceinte Echo et beaucoup d’acteurs ont annoncé l’intégration de leurs services dans cette technologie. Même si Apple n’a pas de stand et n’en a jamais eu, on a aussi entendu parler de son HomeKit dans le domaine de la domotique. Beaucoup d’objets connectés se sont présentés comme compatibles avec le système d’Apple. Maintenant, reste à savoir quelle technologie les startups décideront d’adopter et quelles interactions en découleront. Dans ce domaine, Siri n’a pas réussi à se démarquer.
Du côté de la robotique, il y avait quelques initiatives intéressantes notamment chez les Chinois, comme le robot assistant MoRo conçu par Ewaybot Technology. Ce qui m’a marqué, c’est que le CES soit devenu le nouveau salon de l’automobile. Il y avait beaucoup de véhicules intelligents, certains étant même équipés d’Alexa, l’intelligence artificielle qui se trouve dans l’Echo d’Amazon, comme chez Ford. Les véhicules deviennent de vraies plateformes logicielles.
Autre tendance : il n’était plus question de mobile. Même Samsung a préféré présenter ses objets connectés pour la maison, comme le frigo connecté ou la machine à laver connectée. Mais le smartphone n’est pas mort, contrairement à ce que peuvent affirmer certains. Quant aux drones, ils étaient présents, mais sans autorisations réglementaires ils ne devraient pas voler dans nos espaces de si tôt.

Vous parlez de la domotique, de la robotique, des véhicules connectés…La tendance de fond derrière tout ça n’est-elle pas l’intelligence artificielle ?

Tout à fait, même si aujourd’hui elle sert surtout à effectuer une tâche spécifique et rien de plus. La question qui se pose est de savoir quel type d’intelligence correspond le plus au produit et pour quel type de service. La plupart des objets connectés qui se disent « intelligents » ne font en fait qu’aller chercher des informations, comme c’est le cas avec une brosse à dents qui été présentée et qui n’a pas besoin de se connecter à un serveur pour fonctionner. Ce qui manque aujourd’hui est la reconnaissance faciale ou d’image et la capacité à créer une vraie intelligence artificielle. Là-dessus, il y a une captation de savoirs par les GAFA qui rachètent toutes les startups spécialisées et laissent peu de place aux petits acteurs. Du côté de la logique sémantique, on n’y est pas non plus. Même DeepMind, la branche de Google dédiée à l’intelligence artificielle, n’est pas capable de produire un discours en langage naturel.

Justement, que vaut l’intelligence artificielle des GAFA ?

Siri d’Apple est le système qui intègre le plus de langues, mais il a raté l’ouverture de son SDK (ensemble d’outils d’aide à la programmation pour mettre au point une application pour une plateforme spécifique, ndlr) contrairement à Amazon qui a été le premier à le faire. Mais Apple commence à s’ouvrir car la société a bien compris qu’en dehors des écosystèmes il n’y a pas de survie possible. Alexa intègre actuellement 5000 services. Mais son usage reste très basique, l’enceinte donne la météo ou le score d’un match de sport…Ce qui est intéressant chez Amazon, c’est que l’entreprise est en train de créer une boucle avec l’Amazon Echo et l’Amazon Go, son concept de magasin de proximité. On peut faire ses achats chez soi, via l’Echo ou en magasin avec Go. Amazon a bouclé son omnicanalité avec une logique d’expérience globale sans friction. Mais Alexa et Siri ne sont pas concurrentes car les business ne sont pas les mêmes. Amazon est davantage sur un marché captif qui est celui des ventes. Quant à Facebook et Google, ils étaient aussi les grands absents du salon, mais c’est parce qu’ils n’ont rien à y faire. Google fait du logiciel et Facebook vit grâce à la publicité. Le CES est surtout un lieu pour le hardware. Ce qui n’empêche pas certains de proposer un service ou une réflexion derrière leur produit.

Avez-vous vu des technologies qui peuvent intéresser le Tourisme ?

Comme l’an dernier, je n’ai pas vu de produits ou services directement destinés au Tourisme et réellement bluffant. Il y avait tout de même quelques produits sympas comme Benjilock, le cadenas qui se déverrouille avec son empreinte ou Bibelib, une housse de valise connectée. Tout ce qui concerne la mobilité et la simplification des déplacements et des séjours  peut néanmoins être rattaché au Tourisme. Aujourd’hui, il y a une désynchronisation entre ceux qui portent le Tourisme et ceux qui créent l’innovation. C’est pourquoi le secteur n’est pas la cible de salons comme le CES.

Qu’avez-vous pensé des startups françaises présentes au CES ?

La France était le troisième pays le plus représenté cette année, avec 36% des startups présentes. En s’approchant des stands, il était facile de comprendre leur proposition de valeur. Cela prouve que nous sommes capables de croiser connaissances et vision marketing. Si les startups françaises sont à Las Vegas, c’est pour chercher des investisseurs. Elles ont compris qu’il faut grossir rapidement est que la bataille est internationale. Dans les jeunes pousses qui ont retenu mon attention je peux citer le thermostat Ween qui se démarque de Nest. Contrairement à son concurrent, il s’adapte en temps réel et possède un point de réflexion supplémentaire. Buddy, le robot compagnon de Blue Frog Robotics, a surtout été présenté comme objet de divertissement pour les enfants et comme moyen d’interagir avec la domotique. Plume Labs est un trackeur de la qualité de l’air qui conseille l’utilisateur sur ses déplacements. Il y avait aussi Eugene de la startup Uzer, un boîtier connecté pour la poubelle pour faciliter le tri.

Le thermostat Ween

Parlons un peu prospective. Avec l’émergence de l’intelligence artificielle et des assistants personnels, certains disent que le smartphone va disparaître au profit d’objets plus intégrés, moins matérialisés. Qu’en pensez-vous ?

On va de plus en plus vers la dématérialisation. La notion d’objet, de corps, est amenée à disparaître. La voix, c’est le sens de l’histoire. Peut-être qu’il nous suffira de parler pour effectuer un certains nombres de tâches. Est-ce qu’on ira jusqu’à s’implanter des capteurs dans le corps ? Je ne sais pas. Une entreprise au Canada l’a pourtant fait pour permettre à ses employés de badger facilement. Tout est une question de création de valeur. Il faudra assister à un double gisement : la reconnaissance vocale couplée d’une interaction dans un discours compréhensible. Les assistants devront être vraiment intelligents. J’ai un credo, pour moi le générique tue le spécifique. On va donc continuer à avoir une logique d’agrégation dans le mobile.

Photo du slider : James Walsh

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