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Algorithmes : quelle influence ont-ils sur notre vie ?

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Hier, les membres du Business Analytics Info étaient conviés à une table ronde menée par Thomas Boullonnois, consultant pour Rumeur Publique, au Grand Hôtel Intercontinental. L’occasion de débattre de l’influence des algorithmes dans nos vies autour d’experts et de conférenciers spécialistes du sujet. En voici un aperçu.

Les algorithmes font partie de notre quotidien indirectement. Lors des navigations web, les internautes laissent de multiples traces, collectées par l’intermédiaire de cookies auprès des sites et navigateurs. Or, cette collecte de fichiers personnels est utilisée à plusieurs fins : elle permet une navigation fluide pour l’utilisateur, mais aussi de distinguer des comportements. Ce ‘Big Data’ représente donc un enjeu commercial important pour de nombreux sites : essentiellement en termes de référencement et  d’optimisation de son service. Les algorithmes servent alors à analyser cet ensemble et à réaliser différentes autres tâches. Les sites comme Booking, Expedia, Priceline et autres sites à l’échelle planétaire, ne peuvent ainsi pas les éviter.

Parmi les personnalités présentes à la table ronde se trouvaient Dominique Cardon (sociologue et universitaire), Benjamin Benharrosh (Co-Fondateur de Delair-Tech – société spécialisée dans l’usage de drones aériens), Alain Bensoussan (avocat en droit informatique) et Mouloud Dey (Directeur Business Solutions chez SAS – éditeur de logiciel).

Les algorithmes, une fausse nouveauté

Le terme n’est pas nouveau. Il peut d’ailleurs être relié aux travaux des statisticiens. Le but est resté le même : additionner des données pour permettre d’en déduire un sens. Et dans les faits, nous sommes loin du « fantasme d’entités omnipotentes » selon Thomas Boullonnois. Pour Mouloud Dey, Directeur Business Solutions chez SAS (éditeur de logiciel américain), ils s’établissent autour de quatre familles : la description, la compréhension, la prescription et la solution. Chacune se délimitant à un champ de compétence bien défini : élément de mesure, de prévision, d’anticipation, etc. « L’entreprise SAS fournit des solutions de ce type depuis presque quarante ans. » comme celui-ci l’affirme. Rien de nouveau donc. Et le constat est partagé avec Dominique Cardon, sociologue et universitaire, pour qui les algorithmes ne sont pas une nouveauté : « le système électoral en est un ! » En effet, selon ses propos et par analogie, le choix d’un système électoral (comme algorithmique) structure le paysage politique (comme virtuel) : le mode de scrutin prédit la représentation politique. Par exemple, le scrutin uninominal majoritaire à un tour privilégie seulement le bipartisme en Angleterre, à l’inverse d’un scrutin proportionnel comme en Israël. L’important étant de débattre sur le choix des mondes que l’on souhaite créer. Leur recrudescence actuelle nous questionne juste sur de nouvelles problématiques.

Des outils relatifs aux débats

Pour le sociologue Dominique Cardon, les rôles des benchmark ainsi que celui des media-planneur, soit la logique des palmarès, n’est pas une bonne nouvelle. « La prétention des algorithmes de corréler les variables par le bas [via la trace comportementale, ndlr] est imprécise et erronée. » Les algorithmes sont utilisés comme des boîtes noires prescriptives dont « l’activité n’est plus de connaître mais de prédire sans explications. » Le problème étant que leur efficacité n’est jamais parfaite et que leurs données sont, aux yeux du sociologue, peu attrayantes. Comme le prouve en exemples, l’abandon du Google Flux et des faibles taux d’efficacité des publicités ciblées. Mais cela n’empêche pas Criteo, entreprise française spécialiste du ciblage publicitaire en ligne, d’avoir atteint pour l’année 2015 un chiffre d’affaires de plus d’un milliards de dollars. Et dont la forte croissance témoigne d’un attrait tout aussi relatif d’acteurs en ligne. Des points de vue à relativiser avec un autre fait : les algorithmes peuvent créer des effets indésirables comme la discrimination. Car même sans intention, l’abus de prédictions aboutit à des classements élitistes : les recommandations Netflix ou Amazon s’adaptent à l’historique de l’utilisateur, ce qui questionne la neutralité éditoriale et incite au favoritisme.

Des arguments nuancés par Mouloud Dey, avec différents usages vertueux de ces algorithmes : la brigade des pompiers de Londres les utilisent pour prévenir des zones à risques dans lesquelles un incendie pourrait se déclencher. Heureusement, toutes leurs utilisations ne sont donc pas sulfureuses.

Parvenir à une réglementation

Dans l’essor de la robotique et de l’utilisation d’algorithmes (pour en programmer des variables comportementales), les drones conquièrent des marchés de plus en plus nombreux. Leur usage se répand notamment dans le domaine public comme dans le privé. En ce qui concerne l’utilisation des drones aériens, Benjamin Benharrosh (Co-Fondateur de Delair Tech – société spécialisée dans l’utilisation des drones civils) s’est dit en faveur d’une réglementation. « Créer une réglementation permettrait de différencier les amateurs, des professionnels. Et ainsi, de parvenir à définir précisément nos possibles dans l’espace aérien ségrégué. » Pour l’heure, les drones aériens ne sont pas capables de voler de façon autonome. Mais avec le perfectionnement de l’intelligence artificielle – spécifiquement du « machine learning » – utilisant les algorithmes, soit d’être capable de « voir et éviter » en interaction avec son environnement, les quelques années à venir risquent de soulever de nouvelles problématiques.

Pour l’avocat en droit informatique Alain Bensoussan, un droit des robots doit être mis en place avec intelligence car « trop tôt, cela bloque les innovations ; trop tard, nous serons dépassés par leurs possibles. » Entre la création de la CNIL en 1978 et aujourd’hui, le droit a évolué d’après une unique variable, modifiée en 2004 : jusqu’alors le principe de déloyauté était privilégié et depuis, c’est la loyauté qui est privilégié. Cette « démarche positive » impute aux algorithmes une vertu éthique, qu’il faut voir formulée pour ceux qui conçoivent ou bénéficient des effets économiques des algorithmes ou plus généralement des robots. Une ambigüité juridique amorçant les nouvelles problématiques liées au sujet ; à l’inverse du principe de la déloyauté, bridant tous possibles.

Pour l’exemple, Google est souvent accusé de privilégier ses propres produits et services dans les résultats de recherches. Une réglementation permettrait d’offrir un cadre strict au flou juridique actuel. Le juriste précise également qu’un jeu de pédagogie est nécessaire : « Tout comme les droits dans le domaine de la santé, il faut obliger les acteurs à nous dévoiler les risques. » Les utilisateurs auront alors toutes les cartes en main pour choisir ou non de s’y soumettre et de faire valoir ainsi leur droit. En conclusion comme le cite le sociologue Dominique Cardon, et d’après une citation de Michel Foucault sur la politique néo-libérale, « Il faut agir sur les règles, pas les joueurs. » De quoi remettre au centre, l’utilisateur et non, ces algorithmes. Mais l’extension récente du ‘blockchain’, technologie à la base du bitcoin, en relance le débat… Avec la promesse ultime (ou illusoire ?), de satisfaire tous les partis.

Photo d’ouverture : Fotolia – agsandrew

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4 Comments

  1. […] et un article décrivant dans quelle mesure les algorithmes influencent notre quotidien. […]

  2. […] Et une table ronde sur l’influence des algorithmes. […]

  3. 8 mai 2016 at 20 h 23 min — Répondre

    […] en se mettant dans la "peau" d'un robot pour voir ce qu'il peut ou pas faire. Algorithmes : quelle influence ont-ils sur notre vie […]

  4. 9 décembre 2016 at 14 h 11 min — Répondre

    […] 4. Les algorithmes qui réduisent les données pour gagner de l’espace sont légion. 6. 7. 8. 9. Algorithmes : quelle influence ont-ils sur notre vie […]

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